Carnets de Seattle: Patchwork d'impressions et d'humeurs d'un Français expatrié puis revenu des Etats-Unis. Depuis mars 2011, ces carnets sont aussi le journal de mon combat contre la leucémie, les séquelles de la greffe de moelle osseuse et le cancer secondaire apparu en Janvier 2024...

mercredi 26 février 2014

J'ai oublié ma brosse à dents

Je viens aujourd'hui de recevoir un mail de Biquette (qui commente régulièrement sur ce blog et qui a une leucémie depuis quelques mois).

Première réaction: je suis super content d'avoir enfin un moyen de te contacter par email. Je vais dire une connerie mais maintenant tu fais partie de notre communauté, en plus des communautés auxquelles tu appartiens déjà, et on va pouvoir s'entraider. Je suis en contact avec pleins de gens formidables grâce à ce blog, et je suis content que tu ne sois plus une anonyme, de pouvoir te faire rentrer dans mon monde et découvrir les gens géniaux que je connais (ie, vous, lecteurs, en grande partie !)

Ensuite, donc Biquette m'a envoyé un lien vers une nouvelle écrite par sa fille, qui est en compétition sur un site d'écritures de nouvelles et qui parle du moment où elle a appris que sa mère, vivant au Québec, avait une leucémie (alors qu'elle est Toulousaine).

Son texte m'a beaucoup touché, d'ailleurs, je n'ai pas fini de le lire pour en parler ce qui est en général bon signe. Dans ce texte, j'ai lu ce qui a pu être la réaction de ma mère quand elle a appris la maladie qui m'avait touché. C'est quelque chose dont je me doutais, mais le lire aussi bien écrit, cela m'a brutalement mis les points sur les i. Je pense que cela vous aidera peut-être aussi à découvrir cet espèce de cauchemar supplémentaire que nous (nous et nos familles) vivons en affrontant la maladie seuls, à l'autre bout de la terre.

Pour lire la nouvelle c'est ici: J'ai oublié ma brosse à dent et vous pouvez voter en bas de page en vous connectant avec votre compte Facebook.

Quand à moi quelques nouvelles: c'est plutôt calme ici car en fait j'écris sur deux projets de front, un lié à la leucémie, et un livre de science fiction que j'ai démarré comme un jeu et qui finalement me passionne à écrire. Peut-être que je vous en ferais lire un bout un de ces jours... En tout cas, tout ça pour dire que j'écris mes 2000 mots par jour, mais pas sur le blog, malheureusement...

Je compte sur vous pour voter sur la nouvelle, et Biquette, merci de ta confiance et bravo à ta fille.

mardi 18 février 2014

J'ai manifesté contre les taxis!

Plus exactement, j'ai manifesté pour le service de transport de personnes Lyft, vous savez, vous avez la même chose en France, Ubër; qui essaie de se développer à Paris.

Enfin, plus exactement encore, je n'ai pas vraiment manifesté, ce qui serait d'une part dangereux compte tenu de mon immunosuppression et de toute façon difficile étant donné les douleurs musculaires et articulaires qui me pourrissent la vie, j'ai participé à un rassemblement devant la Mairie, où il y avait peut-être une cinquantaine ou une centaine de supporters du service (ce qui est une foule aux US!), 4 caméras de télés et leurs équipes de journalistes, et les représentant de la compagnie. Il faut préciser qu'aux US, 50 personnes avec des pancartes, c'est une manif, c'est pas comme en France ,).

20 péquins, motivés!

Lyft, qu'est ce que c'est?

Et bien c'est un service de transport aux personnes qui marche avec votre iPhone: vous lancez l'application, elle vous localise, contacte les 3 conducteurs les plus près de vous, l'un d'eux vous répond, viens vous chercher, vous emmène où vous le désirez. Vous évaluez ensuite le conducteur, il vous évalue également, et le paiement se fait sur la base du kilométrage calculé par le GPS, comme un vrai taxi. Sauf que tout se fait en ligne, au moyen de la carte de crédit que vous avez enregistré.



Petit détail, les conducteurs sont des gens comme vous et moi qui ont décidé de conduire pour Lyft en utilisant leur propre véhicule. Ceux-ci choisissent combien de temps ils veulent conduire par semaine, que cela soit 5h ou 60.

Forcément, cela ne plait pas bien aux compagnies de taxi qui se font piquer leurs parts de marché par un service de bien meilleure qualité à tous les niveaux. Celles-ci font donc tout ce qui est en leur pouvoir (ie: du lobbying abject à grand coups de dollars) pour faire bloquer l'activité de Lyft. Notez une chose: ce n'est pas comme à Paris, il n'y a pas de concurrence déloyale à Seattle, car il n'y a pas de licence à payer pour être taxi: ce sont des compagnies comme les autres (enfin à ma connaissance). A Paris la situation est un peu différente et l'on peut comprendre que les gars ayant payé leur licence une petite fortune soient légèrement contre le fait que des petits nouveaux débarquent gratuitement, mais bon, là, c'est la loi qui est mal faite, c'est un autre problème.

Bon et donc pourquoi est-ce que je suis tout à coup un défenseur de Lyft et que je fais de la pub pour eux?

Et bien en fait, c'est pas que j'aime particulièrement Lyft (enfin, si j'adore, mais,) plutôt que je déteste cordialement les Taxis Jaunes de Seattle (c'est le nom de la principale compagnie de taxis de la ville), et que je ferais pratiquement n'importe quoi pour qu'ils perdent des parts de marché. Vous voulez savoir pourquoi?

Il y a en fait tout une variété de raisons, comme par exemple le fait qu'un taxi a arnaqué 10 dollars en refusant de rendre la monnaie à ma belle-sœur qui ne parle pas bien anglais quand elle était en visite. Ou bien la fois où mon taxi s'est mis à traiter une femme à vélo de pute parce qu'elle avait les jambes nues. Ou bien celle où le conducteur s'est mis à insulter les autres conducteurs, ne s’arrêtant que lorsque je lui ai fermement demandé de la mettre en veilleuse, pour ensuite quasiment s'endormir au volant (et je ne fabule pas, Celia peut témoigner)...

Mais le ponpon, le fin du fin, l'histoire qui fait que je hais viscéralement les Taxis Jaunes, elle est pire que toutes ces raisons réunies.

Il y a quasiment trois ans, je passais régulièrement mes journées entre les cycles de chimio à la clinique pour recevoir des transfusions. Je n'étais bien sûr pas en état de conduire, donc le plus souvent un ami m'emmenait. Sauf que parfois, mes amis ayant des boulots, je devais y aller ou revenir tout seul, en taxi donc.

Je ne me souviens plus très bien pourquoi j'étais à la clinique ce jour là, probablement pour une transfusion. En fin d'après-midi, j'ai fini par appeler un taxi pour rentrer. J'ai attendu UNE HEURE avant qu'il n'arrive. Une heure, pour un  cancéreux en plein traitement, je vous assure que c'est long. Mais ce n'est pas tout. Celui-ci m'a demandé si je payais cash ou par carte, et a commencé à maugréer quand je lui ai dit que je payais par carte. Vous pensez bien, on peut pas frauder le fisc avec les cartes bancaires.

Du coup, fort mécontent, il m'a demandé de lui donner ma carte immédiatement. J'ai refusé, lui disant que je lui donnerais ma carte lorsque nous serions à destination, comme l'on fait normalement, sans d'ailleurs bien comprendre le motif de sa requête. Il a continué à insister, prétendant que cela lui permettrait de gagner du temps en préparant la transaction en conduisant. Je lui ai dit que je trouvais que ce n'étais pas une super bonne idée et qu'il ferait mieux de regarder la route, ce qui ne l'a pas démonté : il a continué à insister.

Là, j'en ai eu assez. Après une journée à la clinique à me faire transfuser, autre chose à foutre que me faire emmerder par un taxi: je lui ai donc dit que je le trouvais éminemment désagréable, et que je souhaitais sortir de son véhicule. Au premier feu rouge, c'est à dire à 200m de la clinique à peine, j'ai ouvert la porte et suis descendu sans payer en lui disant que s'il voulait une carte bancaire, il allait falloir qu'il se trouve un autre client, bonne journée, au revoir. Je suis ensuite retourné au SCCA en appelant un autre taxi.

Sauf que.

Cette espèce d'ordure m'a suivi et est venu se garer devant la clinique. Quand mon autre taxi est arrivé une bonne vingtaine de minutes plus tard, il l'a intercepté, lui a dit quelque chose, probablement que j'étais un mauvais payeur ou je ne sais quoi. Quand je suis arrivé à sa fenêtre, celui-ci a refusé de me prendre et a continué sa route.

J'ai appelé un autre taxi, qui a à nouveau mis environ 20 minutes à arriver, l'autre pourriture attendant toujours sur le parking de la clinique. Quand mon troisième taxi est arrivé, il l'a aussi intercepté de la même manière, je me suis jeté vers le troisième conducteur en le suppliant de me prendre, en lui disant que j'avais eu une mauvaise relation avec le premier conducteur, mais que j'avais de l'argent et que j'étais malade, que j'avais besoin d'aide pour rentrer. Ce dernier a fini, avec réticence, par accepter de me prendre. Je ne vous explique pas mon soulagement.

Je ne sais pas si vous imaginez à quel point il faut être un salopard pour se comporter d'une façon pareille. Déjà, être tellement rancunier et revanchard au point de passer plus d'une heure sur un parking à perdre du temps de travail pour se venger de quelqu'un, faut en avoir un grain. Mais en plus quand cette personne est un malade du cancer, visiblement malade (pas de cheveux ni de sourcils), visiblement épuisée et souffrante, on frise la sociopathie: il faut n'avoir absolument aucune empathie pour ses congénères non?

Bref, depuis ce jour j'ai juré de ne plus jamais reprendre un Taxi Jaune, et depuis que Lyft et d'autres alternatives existent, plus aucun taxi Seattleite tout court.

Car avec Lyft, ce genre de comportement ne peut pas être perpétré, sinon, conducteur et passager se font mal noter et ont ensuite du mal à trouver soit des lyfts, soit des passagers. De toute façon, il n'y a pas de problème de cash ou de carte bleue: comme tout est centralisé par l'application, l'argent est supprimé de l'interaction: c'est plus sécurisé pour les conducteurs qui risquent moins de se faire braquer, pour les passagers qui ne risquent pas de se faire arnaquer, et pour l'état qui ne se fait pas frauder.


En fait, une fois qu'on a testé Lyft (ou équivalent) une fois, il n'y a plus jamais aucune raison de prendre un taxi, tellement le service est supérieur, et les compagnies de taxi le savent bien.

Le gros argument des compagnies de taxi, c'est que les conducteurs Lyft sont moins compétents que les vrais taxis, ce qui est tout à fait faux: Lyft opère une sélection draconienne: il faut avoir un permis complètement clean sans aucune infraction, un casier judiciaire vierge (et la vérification est drastique) et bien sur être assuré correctement.

Malheureusement, il y a quelques semaines, un conducteur d'Uber a eu un accident et écrasé une fillette, forcément, cela a donné du grain à moudre aux taxis qui ont fait un foin de tous les diables dans les médias (comme si les taxis n'avaient jamais d'accidents...). Alors Lyft a organisé un rassemblement devant l'hôtel de ville, pour démentir les allégations mensongères des lobbys de taxi. Je les ai alors contacté, en leur racontant mon histoire, en me disant que cela lors donnerait peut-être des trucs à raconter à la presse... Du coup ils m'ont invité en me conduisant gratuitement, au cas ou la presse serait intéressée par mon histoire (réponse, plus occupés à interviewer les taxis venus foutre le souk :( ), raison de ma présence éclair à cette mini manifestation.

PS: Si vous êtes taxi français, sachez que je n'ai rien contre vous ou votre profession. Je prend très rarement des taxis en France et je n'ai donc pas d'avis, en revanche, par la force des choses j'ai du prendre beaucoup de taxis à Seattle et je les DÉTESTE cordialement, comme vous l'aurez compris.

vendredi 7 février 2014

Les Seahawks ont gagné le Superbowl!

Bon je suis carrément à la bourre et vous êtes surement au courant, mais les Seahawks ont gagné le Superbowl!

Honnêtement, je ne suis pas fan de sport télévisuel, encore moins de foot américain, c'est pas ma culture, mais alors là, quel match! C'était absolument grandiose, les Seahawks ont dominé de façon incroyable, on a même crû à un moment que les Broncos ne marqueraient pas... Je crois que le score, et l'écart, est historique, ou peu s'en faut. Il faut noter aussi à quel point le jeu des Seahawks a reflété l'esprit de la ville: poli et civil, pratiquement sans fautes... Bref, une performance incroyable.

J'en profite aussi pour faire de la pub pour un copain, mon ami Gyraf est passé dans une pub du Superbowl, et ça c'est pas rien! Vous pouvez le découvrir dans la vidéo suivante à 52s, ce qui est marrant c'est que Gyraf, c'est un peu l'antithèse du Mac Do en terme d'idéologie, mais bon, je trouve ça super de noyauter le système, quelque part! D'ailleurs, note, n'allez pas manger chez Mac Do, punaise, c'est vraiment de la daube, faites vous à manger chez vous!


Bon, ensuite ce qui a été très drôle à regarder c'est comment les Seattleites ont fêté la victoire.

Ces gens sont tellement respectueux des lois que même au plus haut de leur joie, ils refusent de "jaywalk", de marcher sur la chaussée plutôt que sur les trottoirs, ce qui est interdit; ce qui déclenche l'hilarité de l’Amérique sur les réseaux sociaux:


On est loin des débordements français sur les Champs Elysées hein! C'est vraiment une spécificité d'ici d'ailleurs je crois, ce côté vraiment respectueux, c'est pas que Seattle est pas rebelle, parce qu'il y a aussi ici un vrai esprit de contestation, mais les gens sont avant tout bon enfants. Contester, célébrer, travailler, tout doit se faire avant tout dans la bonne humeur, on est pas là pour se prendre la tête. C'est vraiment un côté sympa de vivre ici.

Ensuite, avant hier, il y a eu une parade monstre pour célébrer les gagnants dans le centre ville. Je crois que l'on n'avait jamais vu ça, dans un pays où les manifs sont quasiment non-existantes et où l'on considère que 1000 gars qui défilent c'est une foule, c'est vraiment exceptionnel d'avoir vu un tel rassemblement, cela exprime bien à la fois l'amour des américains pour le football, et le culte qui est voué aux Seahawks dont je vous parlais dans mon post précédent.

Des "collègues" bloggueurs à Seattle ont d'ailleurs écrit un post avec des photos très impressionantes.

De mon côté, je n'en mettrais qu'une pour illustrer le nombre ahurissant de personnes présentes (près de 700.000, quand on sait que Seattle compte 550.000 habitants et l'agglo 3M.

Eurosport - Seattle Seahawks' players celebrate their Super Bowl success with fans (Reuters)



lundi 3 février 2014

Aux amoureux du verbe "Faire"

Je reprends volontairement le titre d'un excellent article que j'ai lu ce matin (via Facebook), une chronique d'un certain Alexandre Jardin titrée donc, "Aux amoureux
 du verbe « faire »", où il soutient en gros qu'en France nous, et plus particulièrement les médias, sommes plus attachés au "dire" qu'au "faire". Il reprend pour cela l'exemple de la visite de Valérie Rottweiler en Inde, où les médias ont passé plus de temps à parler de l'ex-première dame et la couleur de sa jupe que de l'association humanitaire à laquelle elle venait rendre visite, "Action contre la faim". Il rappelle ainsi que les gens qui bossent comme des acharnés pour "faire" quelque chose contre ce problème fondamental qu'est la faim dans le monde devaient l'avoir sacrément mauvaise que l'on ne parle pratiquement pas de leur action.

Cet article m'a frappé pour deux raisons, la première étant bien sur que je me mets totalement à la place des membres d'ACF: si je recevais la visite de quelqu'un de célèbre et que les médias passaient plus de temps à parler d'elle que de notre action contre la leucémie et des dons de moelle osseuse et des dons du sang, je l'aurais sacrément mauvaise.

Cela m'a aussi beaucoup frappé, car c'est une différence profonde que l'on a constaté entre la culture américaine et la culture française. Ici, il y a justement une emphase particulière sur les "doers", les faiseurs. C'est un argument très utilisé en entretien, le fait de dire que l'on est un "doer" quelqu'un qui fait, qui mène au bout les choses. On pourrait argumenter que c'est une des caractéristiques premières de l'esprit américain et une de ces principales qualités, que de "faire" et de ne jamais s'arrêter quelque soit les obstacles, et même si l'on dit souvent que si les USA sont le premier pays du monde c'est grâce à l'immensité et la richesse naturelle de leur pays, je prétends au contraire que c'est à cause de leur extraordinaire esprit d'entreprise, leur focalisation incroyable sur le fait de faire et de ne s'arrêter que quand un objectif a été accompli.

D'ailleurs, il faut souligner combien les US ont récupéré vite de la crise financière et même si je suis conscient que c'est un colosse aux pieds d'argile, et que beaucoup critiquent la fragilité de cette reprise à cause des problèmes endémiques qui minent le pays, comme leurs infrastructures vieillissantes, le creusement des inégalités, la santé déclinante de ses habitants, j'ai personnellement plutôt confiance dans la capacité des US à se relever rapidement de n'importe quelle crise, contrairement à beaucoup de pays d'Europe justement, France en premier.

Je voudrais d'ailleurs illustrer cet esprit focalisé sur le "faire" typiquement américain par une anecdote tirée de mon expérience professionnelle.

Quelques mois après que j'ai été embauché dans une grosse boite d'informatique de Seattle (pas Microsoft, une boite qui fait du B2B dont vous n'avez probablement jamais entendu parlé malgré le fait qu'elle ai 50% de part de marché US), j'ai été convié, ainsi que toute mon équipe, à une réunion nommée "Team Oil Change". Littéralement, "La vidange".

En gros, c'était une grosse réunion qui a pris plusieurs vendredis d'affilée, où étaient convié tous les membres de l'équipe technique. Et par tous, je dis bien tous: du technicien de test ayant la position la plus basse dans la hiérarchie de l'équipe, en passant par les ingénieurs, les managers, les commerciaux et les directeurs de BU. Déjà, notez l'investissement énorme pour la boite! 4 jours de réunion (réparti sur un mois) ou l'on convie 60 personnes, c'est énorme!

Lors de cette réunion, nous avons fait un énorme brainstorming de tout ce qui ne fonctionnait pas bien l'année précédente, mais aussi de tout ce qui avait super bien marché. Le but: définir 10 points d'amélioration pour l'année à venir. Pour ce faire, nous avons défini collégialement une centaine d'actions à entreprendre puis nous avons voté pour déterminer les 10 plus importantes. Il faut préciser que tout le monde avait une voix d'importance égale, avec juste une pondération pour minimiser le déséquilibre de population des différents postes, ce qui est normal: comme il y a en gros 5 fois plus de techniciens que de managers, par exemple, nous étions regroupés par niveau hiérarchique et chaque niveau hiérarchique avait le même nombre de voix.

Fraichement débarqué aux US et fraichement embauché, j'ai assisté à cette réunion avec énormément d'attention et d'intérêt, et une attitude un peu narquoise typiquement française. Dans mon parcours professionnel, j'avais déjà assisté à beaucoup de réunions de ce genre, où l'on prend des tas de bonnes résolutions, un peu comme les résolutions de nouvelle année, pour les abandonner au premier coup de pression, au premier incident de parcours, à la moindre volonté d'un commercial désireux de faire avancer son produit au détriment des autres (non, je ne suis pas rancunier, hin hin). Bref, je m'attendais à un peu la même chose, beaucoup de parlote, des belles paroles de la part du management, du genre "vous allez voir, on va tout faire pour améliorer vos conditions de travail", suivies par peu d'effets, le marché et la demande commerciale étant toujours le principal décideur, "comme d'habitude" (à lire en fredonnant un air connu).

Et bien figurez-vous que j'avais tout faux: dans les jours suivant la conclusion de nos réunions, nous avons commencé à mettre en place nos résolutions et à les appliquer à la lettre... Et ceci jusqu'à l'année suivante où nous avons répété le même processus et réévalué chacun de ces points. Ces résolutions ont tenu malgré tout les coups de pression que nous avons pu subir et malgré toutes les pressions commerciales. Nous avons toujours respecté nos procédures, même si cela signifiait refuser du travail ou refuser des délais impossibles, ce qui a permis à notre "Business Unit" de figurer parmi les meilleures du groupe, et à mon équipe en particulier de figurer parmi les meilleurs de la BU. Dans le doute, les points mis en place en réunion faisaient foi.

Je suis ressorti de cette année et demi de travail aux US (malheureusement interrompue par la leucémie) très impressionné par la capacité des américains à "faire", à analyser leurs problèmes et à les compenser presque immédiatement en ajustant la marche. C'est quelque chose de très agréable: on essaye des choses et les erreurs sont vues comme des sources d'enseignement permettant d'améliorer le processus. La réactivité est énorme et cela permet aux équipes de s'améliorer rapidement et continuellement. Il y a assez peu d'attachement à des processus "historiques": tout est continuellement réévalué, ce qui marche est gardé, ce qui ne fonctionne plus abandonné. Si je compare au domaine médical, par exemple, ce n'est pas pour rien que les US ont abandonné les chambres stériles pour les transplantations il y a 10 ans, alors qu'en France l'idée peine à faire son chemin (on y arrive doucement)... Ils ont testé, ils se sont rendu compte que cela marchait mieux sans qu'avec, et ils ont abandonné les chambres stériles dès que les données ont montré qu'elles étaient contre productives (ou en tout cas moins "productives" que des chambres normales très encadrées, ou le patient pouvait se déplacer plus librement et avoir plus de contacts avec les siens.

Bien sur, c'est comme tout, il y a des conséquences néfastes, faut pas se mentir... Je vous avoue que le rythme était assez exténuant: pour rester l'un des meilleurs d'une équipe étant déjà l'une des meilleures, fallait sacrément s'arracher et se renouveler en permanence, ce qui est épuisant... Mais c'était aussi vraiment gratifiant. Il faut aussi remarquer que cette tendance dérive bien sûr et a ses extrêmes peu reluisants: on a tous en tête la célèbre expression: "Why did you do this? Because we can!", "Pourquoi-vous fait cela? Parce qu'on peut!" qui mène à toutes sortes d'excès difficilement justifiables, les films de Michael Bay en tête.

Mais dans l'ensemble, je trouve que c'est quand même principalement positif. Depuis que j'habite ici, j'ai acquis la conviction intime que si les américains seront probablement les responsables principaux du désastre écologique qui s'annonce (suivi de près par les Chinois qui font tout pareil), ils seront aussi les principaux acteurs de la reconstruction (j'ai une vision un peu pessimiste de notre avenir à grande échelle, au cas ou vous n'auriez pas remarqué). Leurs excès ont beau être une force incroyablement néfaste sur le monde d'aujourd'hui, ils sont en pratique compensé par le nombre incroyables d'initatives absolument géniales qui naissent dans ce pays. Et encore une fois, ne me dites pas que cela n'a qu'une raison conjoncturelle: c'est avant tout un état d'esprit (d'ailleurs, Mc Gyver, ok, héros canadien, mais série Américaine!).

Pour en revenir à l'article que j'ai cité, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit: les médias US souffrent aussi de ce problème où le sensationnel est maintenant plus couvert que ce qui est porteur de sens. Mais pour résumer tout ce que je viens de vous dire, il y a quand même une tendance globale de la société US à être dans le "faire" et à avant tout s'intéresser à cela que dans la société française, qui est plus une société de penseurs, qui s'enlise parfois, à mon avis, dans la réflexion.

PS: alors que j'étais en train d'écrire ce post, passait à la TV une pub pour la banque Wells Fargo dont l'élément de langage principale est "Done", "Fait". Ce mot est au moins prononcé 10 ou 20 fois dans la pub. Ce n'est pas un hasard, et si l'on regarde les pubs Américaines, il y a deux thèmes récurrent: "You deserve it", "Vous le méritez", et "Helps you get things done", "Vous aide à accomplire/faire des choses".

jeudi 30 janvier 2014

Seattle au Superbowl!

Vous le savez peut-être, Seattle est en finale au Superbowl!



Contrairement à notre équipe de baseball (les Mariners) qui sont vraiment pas terribles il faut l'avouer, les Seahawks sont plutôt une bonne équipe, qui s'est déjà qualifiée pour le Superbowl en 2005.

Il faut savoir que les équipes de football (américain) et de soccer (football, vous suivez?) de Seattle sont ultra populaires. Les Seattle Sounders sont plutôt une bonne équipe et ont une légion de fans super fidèles et très enthousiastes, ce qui est assez rare aux US, et le soccer est vraiment très populaire à Seattle, les supporters sont super nombreux et vraiment hardcores. Attention c'est pas comme les supporters du PSG, ils ne sont pas bêtes et méchants, au contraire il y a vraiment une bonne ambiance apparemment, c'est vraiment un truc familial, et les fans sont vraiment à fond derrière leur équipe.


De même, comme les Seahawks sont la seule équipe du Pacific Northwest, et qu'ils sont plutôt bons, ils ont une légion de fans absolument énorme qui s'étend aux états voisins n'ayant eux pas d'équipe de NFL, l'Alaska, le Montana, l'Oregon, l'Idaho et le Wyoming, ce qui est assez rare pour une équipe de NFL.

Seattle, BADASS!
Le dilemme du week-end du coup, c'est: "Qu'est ce qu'on fait?".

D'habitude, on profite du Superbowl pour faire des trucs où il y a d'habitude trop de monde. Il faut savoir que le Superbowl, c'est complètement dingue: l’Amérique s'arrête, il n'y a personne, tout le monde est chez soi devant la TV, c'est vraiment impressionnant. Les rues, les magasins, les musées sont complètement déserts, c'est encore pire que le 4th of July, c'est vraiment LA grande messe de l'année qui rassemble tout le pays.

Mais là, comme c'est Seattle qui joue, je suis tenté de regarder. Merde, c'est Seattle quoi! Que l'équipe de sa ville soit au Superbowl, c'est quand même pas tous les jours, et l'ambiance chez les Seattleites va être complètement dingue. Bref, j'hésite.

C'est marrant, c'est vraiment une année phare pour Seattle qui se retrouve pas mal sur le devant de la scène US et mondiale: c'est une grosse année pour Microsoft avec la sortie de la Xbox One, un groupe de Seattle, Macklemore a complètement explosé nationalement et internationalement (c'est le premier groupe depuis 93 qui atteint le #1 du top 100 US sans le support d'un gros label, et il a raflé 4 Grammys, et j'ai entendu ses chansons dans des émissions françaises récemment.. En plus, une fille de Seattle à récemment fini avec brio un semi-marathon contre la leucémie,.bref, Seattle represents!



GO SEAHAWKS!

mardi 28 janvier 2014

Celia a couru un semi-marathon contre la leucémie!

Vous êtes nombreux à nous avoir demandé comment s'était passé la course (d'ailleurs Celia était très touchée!), alors faut que je vous raconte.

Tout d'abord, Celia est arrivée un jour avant la course, du coup elle a pu faire connaissance avec les gens de son équipe de Team In Training (elle fait partie "Internet" donc elle les avait juste rencontré online). Elle a ensuite passé la journée chez Mickey avec une autre famille participant à la course.

Le soir, elle a assisté à un diner organisé par la LLS pour motiver les troupes. Vous savez, ce genre de diner que l'on voit dans les films pour les collectes de fonds des associations. J'ai souvent pensé que c'était une perte de fonds, qui pourraient être à la place donné à la recherche, mais pour avoir assisté à un repas du genre, c'est en fait une composante essentielle de ce genre d'association. Cela permet de remotiver les troupes, d'échanger entre bénévoles, de se créer un réseau, de se positionner par rapport aux autres gens, aussi.

Il faut bien comprendre que l'on ne joue pas à celui qui à la plus grosse, mais c'est intéressant de voir qu'il y a par exemple une dame qui en 10 ans à récolté plus de 100.000 dollars, cela remet les choses en perspective et cela nous donne une idée de ce qu'il est possible d'accomplir. Cela permet de réviser nos buts. Celia lui a demandé comment elle avait fait pour rassembler tellement d'argent, et sa réponse a été désarmante de simplicité: "C'est simple, 10$ par 10$". C'est un sacerdoce! (comme un squelette: sacerdoce, hin hin).

Je crois que cela  fait aussi beaucoup de bien de rencontrer des gens avec un vécu similaire. Vous savez, les gens ayant le même genre de vie que nous sont quand même relativement rare, même parmi les victimes de cancer, car la convalescence est particulièrement longue même pour ce genre de maladie. Souvent, discuter avec ce genre de gens permet de se rendre compte que l'on est pas fous, que nous ne sommes pas les seuls à ressentir ce que nous ressentons.

Au passage, Celia a eu aussi la fierté d'apprendre qu'elle était la 3ème à avoir levé le plus d'argent pour cette course dans la catégorie des particuliers. Encore une fois, je ne peux que vous remercier pour votre participation à notre effort de guerre.

Le lendemain, elle s'est levée à 2h30 du matin, pour pouvoir être à 3h30 à Disneyland, le départ de la course étant à 5h. Et oui, le parc continue de tourner donc le marathon a eu lieu en dehors des heures d'ouverture.

Elle a commencé à courir avec l'une des filles rencontrée le jour précédent, puis a accéléré pour tenir sa vitesse habituelle et a fini la course en 2h30, sans trop de casse. Vers 2h, elle m'a envoyé un SMS me disant qu'elle en bavait un peu, je lui ai répondu en l'encourageant et en lui disant que je croyais en elle, et elle a continué comme une chef. Seul problème, une de ses chaussettes a fait un plis dans sa chaussure et elle a couru les 3 derniers miles en ayant super mal au pied. A cause de cela, elle a du courir de manière un peu bizarre et elle s'est fait mal à la cheville. Rien de grave, mais elle était bien enflée lundi dernier. Quelques massages plus tard, cela va beaucoup mieux!

L'expérience lui a tellement plu qu'elle remet cela dans un mois à un semi marathon qui se court autour du lac Sammamish, près de Bellevue et Redmond (le siège de Microsoft!).

De mon côté, je suis évidement très fier d'elle, c'est vraiment une super performance. Bon, cela me fait un peu drôle de me dire qu'elle est capable de courir 22km alors que je suis démonté après une balade de quelques kilomètres, mais bon,  ça c'est un autre problème!

mercredi 22 janvier 2014

Animaux et sentiments

Dans les commentaires sur le post sur les chats, quelqu’un m’a demandé si je croyais que les chats avaient des sentiments. J’ai répondu que j’avais vu un documentaire montrant de l’entraide entre animaux d’espèces différentes, d’une façon que l’on pourrait appeler de la compassion (une vieille chèvre prenant soin d’un vieux cheval aveugle alors que cela ne lui rapporte strictement rien).

Il y a deux jours, nos deux chattes nous ont fourni un argument de plus dans ce sens.

J’essaie en général de les faire manger ensemble dans deux gamelles côte à côte, pour essayer de renforcer leur lien : elles associent la présence de l’autre chat à quelque chose de positif, la nourriture. Je fais cela, car c’est parfois difficile à deux chats de cohabiter dans un petit espace, ces animaux étant extrêmement territoriaux. Au passage, je tiens à remarquer que ce n’est pas forcément la solution à tous les problèmes : si vos chats ne peuvent pas se blairer, il vaut peut-être mieux commencer par les faire manger à deux endroits différents pour qu’elles ne se sentent pas menacées pendant leurs diners, avant de les rapprocher petit à petit.

Parfois, je suis un peu fainéant, et je leur donne à manger dans une seule gamelle, pour aller plus vite. Dans ces cas là, il se passe toujours la même chose : Lhassa, qui est à priori la dominante, mange en premier, pendant que Luna attend sagement assise à côté d’elle, puis Lhassa s’en va et va se nettoyer quelque part pendant que Luna mange.

Il y a deux jours, alors que je les observais, il s’est passé un truc que j’ai trouvé magique. Lhassa a mangé un peu, puis a laissé la place à Luna, mais est restée assise à côté, une attitude que je connais parfaitement : elle a faim et veut manger. Mais elle a laissé sa sœur manger un peu, attendant son tour pour un deuxième service. J’ai trouvé ça fabuleux, un animal de ce genre qui est quand même complètement contrôlé par son estomac, qui est capable de se fixer une limite et de laisser la place à sa copine, avant de recommencer. Pour moi, qui les connais bien, elle a vraiment fait preuve de compassion et d’amitié, en s’assurant que les besoins de sa sœur étaient bien satisfaits avant de penser à elle même.

Sympa, non ?

Les photos sont d'une qualité douteuse, mais je les ai prises sur le vif. Remarquez comment Lhassa est assise, attendant sagement son tour, dans sa position typique qu'elle prend devant sa gamelle quand elle a faim. Position qu'elle utilise pour communiquer avec nous, d'ailleurs: quand vient l'heure de la bouffe, elle vient se mettre de cette manière à coté de sa gamelle.






samedi 18 janvier 2014

Celia cours demain contre la leucémie!

Et oui c'est demain matin que Celia cours contre la leucémie et les cancers du sang!

Du coup elle a un super t-shirt avec le nom des gens en l'honneur de qui elle cours:


Jeff, le p'tit Loïc (par opposition au grand Loïc, aka, moi), Katy, Julia, Sean, sans oublier "The Warrior".

Si vous me lisez, on pense à vous tous! (Sans oublier Biquette!)

Et Celia, je suis sur que tu va y arriver, t'es la plus forte!

vendredi 17 janvier 2014

Celia va courir le marathon Tinkerbell pour la Leukemia Lymphoma Society!


Et c'est grâce à vous!

Rappelez-vous, cet été nous avions lancé un appel aux dons pour la Leukemia Lymphoma Society, une association américaine qui fait un boulot formidable dans la lutte contre la leucémie et qui finance notamment des programmes de recherche pour des médicaments innovants. Le but ultime était de réunir 4300$, cette somme donnant le droit à Celia de participer au marathon Tinkerbell au park Disneyland de Los Angeles.

Grâce à votre générosité et votre participation, cette objectif à été rempli début Décembre, et même dépassé. Ce n'est pas rien! Pour la course Light the Night, mon ancienne entreprise a levé 6500$ avec plus de 650 personnes participant à l'effort de guerre... Donc 4300$ à nous deux, c'est une performance très honorable. Encore une fois, c'est complètement grâce à vous et à votre participation. Merci à tous!

Demain Celia prend l'avion pour LA où elle va passer trois jours. Seule ombre au tableau, j'étais sensé aller avec elle et nous devions rester une semaine en Californie, en profiter pour prendre un peu de vacances et visiter les parcs nationaux de Californie et du Nevada, et même pousser jusqu'au Grand Canyon. Nous devions même assister au tournage d'un épisode de Big Bang Theory...

Sauf que malheureusement, avec cette cochonnerie de hernie qui se remet à la vitesse d''un escargot neurasthénique, je ne peux pas prendre l'avion sans risquer de me déglinguer encore plus. Donc, vacances annulées. Celia va quand même courir le marathon, étant donné que cela fait des mois qu'elle se prépare... Mais je vais être obligé de rester sur le banc. Forcément cela nous attriste tous les deux, c'était un projet que nous avions mené à bien ensemble et nous voulions aller au bout ensemble... Ce n'est que partie remise, mais bon je regrette de ne pas être là pour la soutenir et l'encourager.

Merci encore à vous tous, ça a vraiment été une expérience formidable, grâce à vous. Si vous aviez raté notre post, vous pouvez encore faire un don. Et pour une fois, je vais traduire ce post en anglais, car nous avons eu énormément d'aide de nos amis américains autant que de nos amis et lecteurs français. Et à bientôt pour des photos de la course!

Celia is going to run a marathon benefiting the Leukemia Lymphoma society and that is thanks to you!
Remember, last summer we started a fundraiser for the Leukemia Lymphoma Society, an American charity that does a great job in the fight against leukemia and that finances research programs for innovative drugs and cures for leukemia. The ultimate goal was to raise $ 4300, this sum entitling Celia to participate in the Tinkerbell marathon that takes place at the Disneyland park in Los Angeles.

Thanks to your generosity and participation, this objective was reached early December, and it was even exceeded. And it is a pretty significant sum: as a comparision, for the Light the Night event last October, my former company raised $ 6500 with over 650 people participating in the effort... So $ 4300 raised by the both of us, it is a very good performance. Again, this is completely thanks to you and your participation. We really wish to thanks each and everyone of you for helping us reach our goal!

Tomorrow Celia is flyng to LA where she is going to stay for three days. The only downside is that I was supposed to go with her: we were supposed to stay a week in California, in order to take a little vacation and to visit the national parks of California and Nevada, and even drive to the Grand Canyon. We even had the opportunity to attend the filming of an episode of Big Bang Theory...

Except that unfortunately, with this crappy hernia which is recovering at the speed of a neurasthenic snail, I can not fly without risking messing myself up even more. So we canceled the holidays. Celia will still run the marathon, since she has been preparing for months... But I'll be forced to stay on the bench. As you can guess, that both saddens u, it was a project we completed together and we wanted go to the end together... Our trip is postponed, that's alright, but I regret not being there to support and encourage her.

I really want to thank you all again, it was really a great experience, thanks to you . If you missed our post last summer, you can still donate! And for once, I'll translate this post in English, because we had a lot of help from our American friends as well as our French friends and readers. Come back soon for pictures of the race!


jeudi 9 janvier 2014

Les chats

L’un des grands bonheurs de rentrer chez après le premier cycle de chimio (oui, je fais un gros retour dans le passé!), cela a été de retrouver Luna et Lhassa, nos deux chats. Il faut que je vous raconte comment elles sont rentrées dans nos vies, car elles ont pour moi une importance considérable : comme je passe l’essentiel de mon temps seul, elles sont ma principale compagnie, et elles ont un rôle très important dans toute cette histoire.


Cela peut sembler un peu étrange lorsque l’on est expatrié d’adopter deux chats, étant donné la complexité supplémentaire que cela occasionne lors de l’impatriation éventuelle. Et pourtant, pourquoi pas ? Lorsque nous nous sommes mariés, Celia et moi nous étions promis d’essayer d’être le plus heureux possible et de réaliser nos rêves… Et nous nous sommes rendu compte au détour d’une conversation que nous adorions tous les deux les animaux et que nous rêvions d’en avoir un. C'est un rêve simple, j'en conviens, mais c'est un rêve néanmoins, que nous avions toujours tous les deux remis à plus tard en se disant que ce n'était pas le bon moment. Nous aimons autant les chats que les chiens, mais vivants dans un appartement, nous avons décidé d’adopter un chat, ou plutôt deux, l’idée étant qu’ainsi elles pourraient se tenir compagnie en notre absence.

Aussitôt rêvé, aussitôt fait : le samedi suivant nous étions au refuge de Seattle pour adopter deux chats. J’avais repéré sur leur site internet deux jeunes chats noirs qui m’intéressaient particulièrement, car je trouve les chats noirs absolument magnifiques, mais une fois face à eux dans le refuge, j’ai eu un très mauvais ressenti : ils étaient excités et violents, mordent la cage… Pas des chats pour nous. Celia repère alors une petite chatte grise, sa couleur préférée, qui est super éveillée… Elle la sort de sa cage et c’est le déclic immédiat, la petite est intelligente, curieuse, joueuse et commence à jouer avec Celia. Je remarque alors au fond de la cage une petite chatte noire terrifiée : la grise a une sœur ! Je la prends dans mes bras, elle est terrifiée par tout ce bruit et se colle contre moi, dans le creux de mes bras. Quelques minutes plus tard, elle se calme, protégée dans les plis de mes vêtements. Je sais que je viens de rencontrer le deuxième amour de ma vie, et que cet amour est mutuel. Celia me regarde et elle est aussi conquise par son chat de gouttière… Nous sommes ravis, nous avons trouvé deux sœurs comme nous le souhaitions, qui sont des couleurs que nous préférons, et avec lesquelles nous avons un contact privilégié, ce qui n’est pas forcément obligatoire avec des chats, d’autant plus d’adoption.


Deux ans plus tard (nous les avons adopté en 2009, je suis tombé malade en 2011), nos deux petites chattes ont bien grandi, mais nous avons toujours ce contact particulier avec chacune d’entre elles et je suis particulièrement ému de retrouver ma Loulou. Pourtant ces retrouvailles sont teintées d’angoisse : il arrive parfois que nos chats nous griffent, en général par accident parce qu’ils essayent de s’accrocher ou qu’ils sursautent parce qu’un bruit leur a fait peur… or, une griffure de chat, c’est dangereux, à cause des bactéries que cela véhicule, même lorsque ce sont des chats d’appartement. Malgré leur propreté, les chats marchent dans leur litière, où ils font leurs besoins, ce n’est donc pas complètement stérile. Comme une femme enceinte, il est donc hors de question que je continue à nettoyer leurs caisses, ce qui représente une charge de travail supplémentaire échouant à Celia. Cela ne semble peut-être pas grand-chose, mais c’est une accumulation de choses : à ce moment, elle devaut me faire mes piqures de facteur de croissance, tout le ménage, car j'étais trop faible, s’occuper des chats, car je n’avais pas le droit… Cela devait être épuisant.

Nous sommes obligés de changer nos règles : les chats qui dormaient avec nous pendant la nuit sont désormais persona non grata dans notre chambre. Cela nous brise le cœur, car nous avions tous les deux l’habitude de nous endormir avec nos matous sur le ventre, mais j’ai trop peur d’attraper bêtement une infection. Le jeu n’en vaut tout simplement pas la chandelle. Bien évidemment, si vous avez des chats, vous vous doutez bien que celles-ci ne l’entendent pas de cette oreille et nous passons plusieurs nuits extrêmement pénibles avec nos deux minettes qui grattent et pleurent devant la porte… Un conseil, si vous vous trouvez dans le même cas : ne réagissez en aucune manière, sous peine de renforcer leur comportement. Nous finirons par trouver la solution quelques semaines plus tard sous la forme d’un dispositif ingénieux combinant un détecteur de mouvement et une canette d’air sous pression. Vous le placez devant la porte de votre chambre ou tout endroit que vous voulez interdire à votre chat, et hop, un coup d’air dans les moustaches, je vous assure que cela fait déguerpir le plus curieux des matous !
  
Je me met à hésiter à les toucher, ou plutôt, je développe très rapidement un comportement pratiquement compulsif : je me désinfecte les mains juste après avoir caressé mon chat, ce qui me conduit à des situations délirantes où je me passe de la solution hydroalcoolique sur les mains une dizaine de fois par heure. Un jour, je me précipite tellement pour me désinfecter les mains que le chat est toujours entre mes pieds, et une goutte de solution tombe de mes mains sur sa tête, près de son œil… La pauvre, elle détale en hurlant à la mort et pendant plusieurs semaines va fuir à chaque fois qu’elle me voit toucher du désinfectant, c’est-à-dire toutes les heures… J’en suis encore mortifié.

Malgré les contraintes, malgré le risque (maitrisé) que cela représente, je reste persuadé que ces deux chats ont été et sont toujours un formidable outil thérapeutique. Pendant mes deux années de convalescence, j’ai passé d’innombrables journées, seul dans mon appartement, avec pour seule compagnie mes deux chats, et elles ont été un soutien psychologique formidable. Elles m’accueillent le matin lorsque je me lève et que Celia est déjà partie, elles structurent ma journée en m’obligeant à m’occuper de leur nourriture, à les brosser, à leur couper les griffes, à jouer avec elles… Elles me tiennent compagnie quand j’écris, par exemple, alors que j’écris ces lignes, Loulou est assise sur mes genoux, en train de faire un bon gros roupillon… Quand je ne vais pas bien et que je suis cassé, recroquevillé dans mon fauteuil, elles viennent dormir à côté de moi, je fais partie de leur nid. Cela va peut-être vous sembler idiot, mais quand vous vous sentez plus bas que terre, que votre femme et tous vos amis sont au boulot, vous vous sentez seul au monde... Avoir un chat qui vous grimpe dessus, en ronronnant, en vous disant, "Moi, je t’aime, viens me faire un câlin", c’est incroyablement bénéfique pour le moral. En tout cas, moi cela me fait un bien fou.

J'ai tellement passé de temps avec elles que je me suis intéressé de près aux chats dans leur ensemble. J'ai par exemple appris à les dresser, ce qui, contrairement à une idée reçue, est totalement faisable, même si c'est plus compliqué que pour un chien. Je vous expliquerais comment bientôt. J'ai finalement arrêté ce passe temps qu'elles adoraient, parce que lorsque j'ai commencé à prendre de la prednisone, cela me rendait irritable et j'avais peur que cela transparaisse dans le dressage et que cela les bloque. Maintenant que je suis plus stable émotionnellement, je vais m'y remettre, enfin quand mon dos ira mieux. J'ai tellement appris sur les chats que j'ai envisagé de me reconvertir en psy pour chat, mais pour ce faire, il faudrait que je fasse mon expérience dans un refuge, or je ne peux pas étant immunosupprimé. C'est dommage.

J'adore mes deux chats. On a vraiment un lien, et le dressage nous a permis d'établir un langage commun. On peut réellement communiquer. Elles ont des personnalités très distinctes, et nous sommes très proches. Loulou me suis à la trace dans l'appartement, connait mes habitudes, sait que à 14h je médite et viens donc viens se mettre en rond à coté de moi sur le canapé... Vous savez, les experts disent que sur le plan cognitif, les chats sont plus proches des humains que les chiens, dans la manière dont ils réfléchissent et ressentent les émotions (à leur niveau de chat, bien entendu), et c'est quelque chose que je veux bien croire. Nous avons une relation très particulière et complexe, qu'il est difficile de décrire en mots à quelqu'un qui ne les connait pas. Ce sont à la fois mes petites soeurs, mes filles, mes amies, et nous avons un rapport particulier, différent de celui que peuvent avoir deux chats entre eux ou deux humains entre eux. C'est notre langage à nous.

Par contre ne pensez pas que je suis complètement gâteux et que je les humanise trop: c'est une erreur que font beaucoup de propriétaires d'animaux de toute sorte, que de les considérer comme leurs enfants et leur attribuer des comportements humains. Ce n'est pas mon cas: je suis bien conscient que ce sont des chats, et que leur psychologie est avant tout celle d'un prédateur à peine domestiqué. Je suis d'ailleurs très fier de nous: nous avons deux chattes épanouies, bien éduquées, qui connaissent bien les limites que nous avont fixé, et qui sont vraiment stables psychiquement. Ce n'est pas forcément gagné, avec deux chats dans 50m2. Mais croyez moi, il y a un truc en plus que nous avons développé au contact l'un de l'autre. *

Bref, voilà, je voulais vous parler de mes chéries, en utilisant le prétexte de l'outil thérapeutique... Mais en fait c'est juste que je les adore ahahah :)





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