Carnets de Seattle: Patchwork d'impressions et d'humeurs d'un Français expatrié puis revenu des Etats-Unis. Depuis mars 2011, ces carnets sont aussi le journal de mon combat contre la leucémie, les séquelles de la greffe de moelle osseuse et le cancer secondaire apparu en Janvier 2024...

jeudi 29 novembre 2012

Nutrition, leucémie et cancer, partie 2: les motivations

Ce post est la suite de Nutrition, leucémie et cancer, partie 1: introduction et plus généralement, fait partie de la série "Prendre en main son traitement". Le sujet étant très vaste, je pense avoir encore deux autres posts en réserve.

Regarder notre évolution et savoir comment nous sommes foutus biologiquement nous aide intrinsèquement à faire des bons choix en termes d'alimentation, indépendamment du bourrage de crâne télévisuel qui voudrait nous faire croire que du Coca désaltère plus que de l'eau (comment est-ce possible étant donné la masse occupée dans un litre de Coca par le sucre?). A partir de ces constatations simples, vous devriez être capable de définir un régime à peu près sain qui vous convienne sans mon aide.

Il me reste donc à vous décrire mon régime alimentaire, sinon vous resteriez sur votre faim, ainsi qu'à vous donner un certain nombre d' "idées"1 de choses qui semblent utile dans le cadre de la nutrition d'un malade atteint d'un cancer. Mais avant cela, il me semble important de vous expliquer les motivations qui sous-tendent le régime2 que je vais vous présenter, qui vont plus loin que de juste avoir un corps en bonne santé. Si vous arrêtez la bouffe industrielle et les sodas, vous vous porterez mieux, c'est garanti, mais on peut aller encore plus loin, et aussi surréaliste que cela puisse paraître, on peut changer sa vie en modifiant son alimentation. Non seulement on va manger plus sain, mais on va aussi éviter de manger certains trucs afin d'aider le corps à mieux fonctionner. Et comme le corps et l'esprit sont en relation étroite (pour vous en convaincre, il suffit d'essayer de réfléchir en ayant la courante, bon courage!), en aidant le corps à mieux fonctionner, on va éclaircir l'esprit.

J'ai rencontré pour la première fois ce concept en lisant "Shape Shifter" de Geoff Thompson. Il s'agit d'un livre de développement personnel somme toute assez classique où il explique sa méthode pour changer de vie. Particularité que j'ai rarement vue ailleurs: l'un des points le plus important est de s'alimenter le mieux possible, car nous ne pouvons fonctionner au maximum de notre performance (quel que soit ce que vous désirez faire) que si notre corps est dans une santé optimale.

Quelque temps plus tard, j'ai été diner avec des amis pratiquants d'arts martiaux et j'ai assisté à une scène hallucinante. A la sortie du premier restaurant, et après un repas pourtant copieux, nous sommes partis en quête d'un deuxième restau, ces messieurs ayant toujours faim. Alors qu'ils engloutissaient leur second diner, mes compères m'ont expliqué qu'ils suivaient un régime spécifique et qu'ils n'avaient jamais autant et aussi bien mangé tout en perdant du poids, chose que je pouvais d'ailleurs constater par moi-même. Mieux, malgré les quantité gargantuesques de nourriture qu'ils ingurgitaient (une conséquence de leur entrainement physique), ils étaient dans une forme éblouissante après leurs deux repas, bien loin du coma alimentaire que peut induire une tartiflette.

Intrigué, j'ai commencé à prendre en compte certaines de leurs remarques en supprimant des aliments de mon alimentation (tout ce qui est à base de farine et tout ce qui contient du sucre blanc), et j'ai noté un changement spectaculaire, alors même que je ne suivais le régime qu'à moitié. Parmi eux, le plus facile à décrire est la disparition totale de l'assoupissement post-prandial.  Quelle que soit la quantité de nourriture que je mange, si je respecte le régime, je ne suis jamais fatigué après un repas. Souvent,  quand je raconte cela, on ne me croit pas. J'ai eu une conversation surréaliste avec l'un de mes proches il y a quelques mois, pour lequel l'assoupissement était une conséquence naturelle de la digestion à laquelle on ne pouvait pas couper. Malgré l'évidence flagrante que je ne souffrais pas de ce problème, il refusait d'admettre que cela puisse être possible. Je trouve cela vraiment marquant de se dire que certaines personnes n'ont tellement jamais eu de leur vie l'expérience de faire un repas sans avoir un coup de barre qu'ils refusent même de l'envisager. Pourtant, cela fait maintenant 7 ans que je n'ai jamais été fatigué après manger, sauf écart volontaire au régime.

On s'habitue tellement à un mal être permanent que nous considérons comme normal un fonctionnement dégradé. C'est comme lorsque vous vivez dans une grande ville: vous vous accoutumez au bruit, à la foule et aux miasmes du métro que vous finissez par ne plus remarquer. Et puis vous partez deux semaines à la campagne, au calme, dans un air pas encore trop pollué, et au retour, c'est le choc: ça pue, ça grouille, c'est épuisant. Avec la bouffe, c'est pareil: on considère comme normal un état qui ne l'est pas. Et le seul moyen de s'en rendre compte, c'est de suivre sérieusement le régime pendant quelques temps, suffisamment pour que le corps se réajuste et se sente mieux. Il se passe alors un truc étrange: plus on a une alimentation saine, moins on a envie de manger de la merde, parce que cela nous rend physiquement malade, comme le retour de vacances. Personnellement, je ne peux plus manger de pizzas surgelées, cela me colle l'équivalent de la gueule de bois, et non, je n'exagère pas le moins du monde. Alors vous allez me dire, "Oui, mais si je ne peux plus manger de pizza, ça craint quand même...". Pas vraiment en fait. Mangeriez vous un fruit qui est bon mais qui vous colle la gerbe? Et un fruit qui n'est que très modérément bon qui vous colle la gerbe? De plus rien ne vous interdit de manger de la pizza... Ponctuellement.

La manière la plus sure d'aborder un changement d'alimentation comme celui que je vais vous proposer dans le prochain post est de suivre strictement le régime pendant un temps suffisant pour qu'il fasse effet, pour une raison très simple: vous ne croyez probablement pas aux bénéfices que cela peut vous apporter et la seule manière de vous faire adopter cette nouvelle habitude, c'est de vous amener à vous rendre compte par vous même que cela fonctionne. Je déconseille plutôt ma manière, qui a été de changer progressivement: cela a marché pour moi, parce qu'intrinsèquement je suis curieux, discipliné et un rien monomaniaque, mais si vous essayez d’arrêter de manger des pâtes et que cela ne change rien pour vous parce que vous buvez trois litres de lait par jour à coté, vous allez abandonner, et ça sera dommage.

Ensuite, quand l'habitude est bien installée, que l'on a constaté par soi-même que cela marche vraiment, on peut commencer à modifier le régime pour se permettre des tests et des extras. Par exemple, on va voir que le régime dit: "Pas de légumineuses". Il se trouve que j'ai constaté par l'expérience que certaines légumineuses me conviennent très bien et que d'autres me fatiguent. Mais c'est une constatation que je n'ai pu faire que parce que je les ai supprimé, que je me suis habitué à être moins ballonné, avant de les réintroduire progressivement et d'éliminer celles que je ne tolérais pas. On ne peut pas faire l'inverse, et d'ailleurs c'est le protocole suivi pour diagnostiquer les allergies alimentaires, je n'invente rien.

En parlant d'extras, j'aimerai que l'on soit bien d'accord sur plusieurs choses.

Premièrement, il est absolument hors de question de se priver de manger et de réduire ses calories. Corollaire, il est conseillé (n'est-ce pas Loïc?) de manger lentement en mâchant bien, la sensation de satiété mettant un certain temps à se déclencher. Trop manger ou pas assez, même combat, il faut manger suffisamment, c'est tout. Quand on a plus faim, on s'arrête.

Deuxièmement, après la phase de mise en route et hors période spéciale (entrainement par exemple), il est hors de question de s'interdire de manger des trucs. Petit exemple: vous avez dû comprendre que je suis anti-Coca. Pourtant, j'aime bien le Coca, contrairement à ce que vous pourriez croire (étant programmé génétiquement pour...). Mais je n'en consomme qu'une fois tous les trois mois, la plupart du temps parce que j'ai besoin d'une source de sucre rapide. Je n'appelle pas cela se priver! Si j'ai envie d'un Coca, j'en achète un, mais il se trouve qu'au jour le jour, comme je l'ai expliqué, je n'en n'ai pas vraiment envie, et encore moins besoin. Je me rappelle avoir eu cette conversation avec quelqu'un: je conseillais  à cette personne de manger nettement moins d'un truc, j'ai oublié quoi, probablement du pain blanc beurré. Cette personne m'avait répondu un truc comme "Je mourrai plutôt que de me priver de mon pain beurre". Réponse qui m'interlocute massivement, car implicitement, la personne reconnaissait que ça serait positif sur le plan de sa santé... Mais émotionnellement, elle était incapable de "couper le cordon" avec son habitude de petit déjeuner.

Si émotionnellement, vous n'êtes pas capables de changer vos habitudes alimentaires, alors même que vous constatez que vous allez mieux en les changeant, je suis désolé de vous dire que vous avez un problème quelque part, et qu'il faut que vous vous posiez la question du pourquoi du comment. Si en revanche vous n'avez jamais mangé sainement de votre vie (j'aurais pu prendre des pincettes, et puis j'ai décidé que non) et que vous pensez que c'est de la connerie... Essayez. Vous serez surement surpris. C'est comme ça que je me suis intéressé au sujet au départ: je ne voyais rien de mal à mon régime de l'époque, mais curieux, j'ai essayé et je ne suis jamais revenu en arrière, les bénéfices constatés après quelques semaines étant trop importants . Ce qui ne m’empêche pas de manger, le dimanche matin, un pain au chocolat... Mais c'est une fois par semaine que je fais un écart, pas tous les jours (je me gave aussi de chocolat, mais comme j'ai une déficience en magnésium, j'ai une excuse). Ne pas se priver de quoi que ce soit ne veut pas dire faire n'importe quoi: cela veut dire que comme l'on mange sainement au jour le jour, on peut ponctuellement faire des écarts. De toute façon, il est probable que vous n'ayez simplement plus envie de manger certains trucs tellement ça vous rendra malade, donc c'est un peu un non problème.

Pour la plupart des gens, la nourriture, c'est avant tout une question de plaisir et je voudrais donc aussi souligner qu'il n'est absolument pas question de faire un régime carotte/arugula/radis. Je n'ai jamais aussi bien mangé et Celia vous dira que je suis le spécialiste de la cuisson de la viande, je vous fais des steaks à tomber par terre. Hier encore, nous avons mangé des ribs absolument parfaites. J'aime manger, je mange comme un ogre et ma version du paradis c'est saucisson+pâté, que cela soit bien clair et il est hors de question que je me mette à picorer, faut pas déconner non plus.

Troisièmement, il faut réfléchir à ses propres besoins. Si vous êtes une midinette de 45 kilo dont l'unique sport est d'arpenter Paris en Louboutins, vous n'allez pas manger pareil que moi qui fait 1.90m, qui récupère d'une transplantation et qui fait une heure de sport par jour. Je vais avoir besoin de plus de protéines et pouvoir surement me permettre de manger plus de bidoche. Le régime, c'est forcément personnel, même si les grandes lignes sont suffisamment générales pour s'appliquer à tous. D'ailleurs, par nécessité à cause du cancer, j'ai modifié mon régime de façon substantielle, mes besoins n'étant plus les mêmes. J'ai notamment des carences en minéraux qui sont plus importantes à combler que le fait de savoir si mes pets puent. Ah, oui, parce qu'aussi, si vous mangez correctement, vos pets ne doivent pas puer outre mesure, si ça sent la charogne, c'est qu'il y a un truc qui cloche.

Si votre vie ne va pas bien parce que vous ne dormez pas bien, parce que vous avez tout le temps mal quelque part (au dos?), parce que vous êtes tout le temps fatigué ou ballonné, parce que vous ressassez en permanence ou quoi que ce soit... La première chose à régler, c'est la nourriture.

Bon je crois que j'ai à peu près couvert tout ce que je voulais couvrir sur le plan "philosophique", on va pouvoir passer au menu... Dans le prochain post.  Et oui, je vous fais lanterner, mais c'est pour votre bien :p.

(La suite de ce post est ici: Nutrition, leucémie et cancer, partie 3: le régime paléo modifié)
1Terme que je préfère à "conseils" parce que dans ce domaine vous devez vous renseigner et trouver ce qui est bon pour vous.
 2Encore une fois, par régime j'entends "habitude alimentaire", pas "privation".

mercredi 21 novembre 2012

Nutrition, leucémie et cancer, partie 1: Introduction

Punaise, j'ai la pression. Manifestement le sujet de la bouffe intéresse pas mal de monde, et j'ai pas mal de choses à dire sur le sujet... Je ne sais pas par où commencer, surtout qu'il y a véritablement deux sujets: la nutrition en général pour les gens 'bien portants' et celle pour les malades. Il y a quelques différences importantes. Aussi, tout ce que je vais vous raconter, je l'ai appris en lisant des bouquins, en allant à des conférences, et en expérimentant : je ne suis pas médecin, ni nutritionniste, et je raconte ptet des conneries... Particulièrement pour les malades vous devriez toujours consulter votre médecin avant de tester des trucs.

Il y a maintenant quelques années, nous avons assisté à une conférence au Département de Génomique de l'Université de Washington (hop, crédibilité) sur les liens entre génétique et obésité, ce qui ne nous intéresse pas vraiment aujourd'hui. Ce qui nous intéresse en revanche c'est son explication de comment nous avons évolué biologiquement dans un environnement où la nourriture est difficile à se procurer et où il fallait courir pour manger et éviter d'être mangé. Nous sommes optimisés génétiquement pour survivre dans des circonstances où la base de l'alimentation est constituée de plantes, avec de temps en temps des protéines animales quand la chasse était fructueuse. Nous ne sommes pas conçus pour fonctionner correctement en présence d'un excès de nourriture, car en pratique de part le passé (comprendre, de la préhistoire jusqu'aux années 1900) cela n'arrivait que très rarement. Nous possédons toutes les boucles de régulation biologiques qui nous permettent de rester en vie avec très peu d'alimentation, mais aucune en présence d'un excès.

Pire que ça, notre corps est conçu pour se gorger en présence de nourriture afin de faire des réserves et d'assurer sa survie à court terme: historiquement, l'abondance ne durait jamais longtemps. La nature elle même servait de boucle de régulation en ce qui concerne l'excès. En fait, c'est un peu comme un thermostat qui ne va que vers le haut: plus on mange, plus le thermostat se dérègle et plus on a facilement faim et envie de manger. De même, nous sommes extrêmement attirés par tout ce qui est sucré car le sucre est une excellente source d'énergie et qu'il est rare dans la nature. Pas de risque de diabète pour l'homme de Crô-Magnon, au contraire, et il a donc évolué pour rechercher avidement le sucre (et le sel).

Où est-ce que je veux en venir?

Depuis 1940, en gros, nous autre occidentaux vivons dans un monde complètement différent de celui de nos ancêtres: un monde où la nourriture est abondante, où le sucre et le sel sont omniprésents et où l'on mange plus de viande et de produits raffinés que de légumes. C'est bien, plus personne (encore que) ne meurt de faim... Par contre on meurt, oserais-je dire massivement, de suralimentation. Pas à 30 ou 40 ans, certes... Mais nettement avant notre temps. Aux US l'espérance de vie décline, c'est un fait. La cause principale de mort dans le pays le plus riche du monde est la crise cardiaque (et les maladies cardiovasculaires), loin devant le cancer. Ces morts ont une cause principale: la bouffe. Et plus que la mort, il faut aussi constater que les gens sont en mauvaise santé, juste à cause de ce qu'ils mangent.

Enfonçons le clou: des expériences faites sur des rats ont montré qu'entre un groupe de rats ayant une alimentation normale et un autre groupe ayant 30% de restriction calorique, ce deuxième groupe vivait 30% plus longtemps. Comme s'il y avait un maximum de calories que notre corps est capable de digérer avant de s'éteindre. De même, entre deux groupe avec une diète riche en protéines animales et une diète pauvre, on obtenait dans ce second groupe moitié moins de cancers. Fait intéressant, on obtient le même résultat avec un groupe consommant des protéines animales et un autre consommant des protéines végétales.

Je vous fais tout ce laïus pour que l'on soit bien d'accord sur un truc: notre manière de se nourrir depuis les 50 dernières années n'est pas adaptée à notre biologie. Nous sommes tous nés avec le Nutella et nous trouvons tous normal de nous en manger des tartines monumentales, mais en réalité, le faire tous les jour est toxique pour notre corps. Cela semble évident dit comme cela, mais je ne pense pas que la plupart des gens aient cette réflexion en ouvrant un pot.

En parlant de Nutella, il faut aussi vraiment insister sur un point: la nourriture industrielle est de très mauvaise qualité et pauvre en nutriments. Si vous buvez un verre de jus d'orange, vous allez absorber du sucre, des fibres, des vitamines, des minéraux... J'ai été acheter hier une canette de Pepsi pour regarder la liste des ingrédients et en gros c'est de l'eau, du sucre, du gout artificiel, un colorant, et c'est tout. Si vous n'avez rien à manger, vous allez pouvoir fonctionner un moment en ne buvant que du Pepsi, c'est calorique, cela donne de l'énergie... Et puis au bout d'un moment, vos dents vont tomber à cause du scorbut, parce qu'a part le sucre, il n'y a rien d'utile dans cette boisson, et le seul moyen de vous sauver va être de vous donner du jus d'orange.

Non seulement notre nourriture moderne est pauvre en nutriments, mais elle est en plus parfois carrément toxique. On a montré depuis longtemps que l'huile de palme est un poison, et pourtant c'est utilisé massivement dans l'industrie alimentaire. On a aussi montré depuis longtemps que le sucre était plus addictif que la cocaïne et dangereux en grandes quantités, pourtant, à cause justement de cette propriété, il est ajouté massivement dans tous les produits industriels. De même pour le sel. Et je ne vous parlerais même pas des pesticides et des conservateurs... J'ai lu quelque part (et je n'ai aucun moyen de vérifier) que nos corps mettent plus de temps que par le passer à se décomposer tellement nous sommes saturés de produits chimiques. Si c'est exact, et je suspecte fortement que ça l'est, c'est très légèrement inquiétant, non?

Fort de toutes ces constatations, quel régime alimentaire (et par régime, j'entends "Ensemble de prescriptions concernant les aliments, destiné à maintenir ou à rétablir la santé" et non pas "Conduite alimentaire caractérisée par des restrictions") me semble adapté? Et bien nous verrons cela la prochaine fois car figurez-vous qu'il faut que j'aille manger mes enfants.

(ce post a une suite ici: Nutrition, leucémie et cancer, partie 2: les motivations)

jeudi 15 novembre 2012

Les frasques de Phoenix Jones

Samedi soir dernier, le "real super hero" Phoenix Jones à mis KO un importun sur University Avenue, entre la 45ème et la 47ème, à deux blocs de chez nous.

Rappelez-vous, les Real Super Heroes, c'est ce mouvement de gens qui décident de jouer à Batman et de se déguiser pour aller faire la police dans la rue. La plupart d'entre eux sont relativement innofensifs et se contentent de distribuer des plats chauds aux sans-abris et de prévennir la police en cas d'activité suspecte. Cependant, certains, comme Phoenix Jones, décident d'aller un peu plus loin et n'hésitent pas à intervenir de façon plus musclée, s'interposant par exemple dans des altercations. Ce qui est évidement d'une bêtise affligeante (pas de s'interposer, encore que cela dépend des cas, mais de sortir costumé pour ne faire que ça).

Bref, je vous propose de regarder la vidéo de la rencontre, et je vais vous commenter un peu ce qui se passe.


Tout commence donc par une altercation verbale entre Phoenix, son équipe de doux malades et un petit groupe de gars passablement agités. On devine à demi mot que en gros le petit essaye de leur expliquer qu'ils ne sont pas flics et qu'ils n'ont pas à intervenir dans la rue. Je soupçonne fortement Jones de s'être mêlé de ce qui ne le regardait pas quelques minutes avant. Le gars au t-shirt orange est particulièrement remonté contre lui, on comprend à demi mots qu'il estime que Jones a commis une voie de fait sur sa personne. Celui-ci se justifie "It wasn't assault". Hum. C'était quoi alors?

A 0:13, jolie réaction de Jones, qui exprime clairement que l'autre gars est trop près de lui ("You're too close, back up"), avec un embryon de "fence", relativement pro. Dommage que son collègue en bleu soit totalement à l'ouest (sans compter le masque ridicule tricoté par mamie). Malheureusement il est ensuite difficile d'entendre ce qui s'est exactement passé, le gars qui filme couvrant comme par hasard un moment clé du dialogue.

Notre équipe de guignols ont ensuite une des seules attitudes qui ai un sens dans la vidéo: ils battent en retraite (à partir de 0:42) et le gars à la casquette semble plutôt enclin à en rester là. Bon les noms d'oiseaux fusent, certes, mais pas de quoi en faire un plat. Et à 1:00, Phoenix demande à l'un de ses lieutenants si les flics arrivent. Et oui, ils ont appelé 911, ce qui est exactement la chose à faire en cas d'agression, mais bon là à 3 contre 3, on peut difficilement dire qu'il y a urgence. A 1:10, Jones s'arrête, manifestement pour attendre les flics, son sursaut d'intelligence a été bref. Il commentera ensuite dans la presse que les "suspects" refusaient d'arrêter de le suivre alors qu'il essayait de se désengager, ce qui est manifestement faux.

Et comme de juste, à 2:00, notre défenseur de la veuve et de la stupidité s'adresse à nouveau aux excités et leur dit: "Vous savez que l'état de Washington est un état où le combat mutuel est légal, n'est-ce pas? Si vous voulez, on peut s'y coller!". Le gars en orange est manifestement chaud bouillant, ce qui tend à prouver que la nature n'a pas été très généreuse avec lui question matière grise, étant donné la carrure de notre sculptural et néanmoins décérébré PJ.

Combat mutuel, définition. Dans l'état de Washington, il est légal de se battre dans la rue du moment que: les combattants sont tous les deux consentants, qu'il n'y a pas de destruction de propriété privée, et qu'il n'y a pas de désordre à l'ordre public, pas d'attroupement quoi. Le combat doit s'arrêter dès qu'un des individus est hors de combat. Pourquoi une telle loi? La légende dit que cela date de la période de la ruée vers l'or: les saloons en avaient marre des bastons qui leur cassaient tout leur intérieur, et la loi encourageait donc les agités à aller s'amuser dehors en toute légalité.

Donc, en gros, à 2:00 Jones dit au gars, "Si tu veux, on peut se foutre sur la tronche". La tentative de désescalade aura duré 1 minute 10, j’applaudis des deux mains, ce mec devrait entrer en politique.

Sur ce les flics arrivent, Phoenix Jones leur explique la situation et son intention d'en venir aux mains. Les policiers se retrouvent bien malins car légalement ils ne peuvent rien faire, ni séparer le groupe, ni les arrêter, ni les empêcher de se battre. Bien joué de la part du superhéros: grâce à son action brillante, les flics de Seattle qui ont déjà une sale réputation se retrouvent filmés le cul entre deux chaises avec l'option d'arrêter illégalement les protagonistes, ou de les laisser se foutre sur la gueule et de ramasser les blessés. Et à 4:05, le petit à casquette qui est manifestement loin d'être idiot, lui fait bien remarquer le paradoxe de la situation.

La crise semble se calmer... Et puis forcément à 4:40, le roquet s'en mêle et attise le feu, ce qui me fait beaucoup rigoler tellement c'est typique et pathétique: on voit bien que c'est pas lui qui est en train de mettre en jeu ses dents! D'ailleurs dans toute la suite de la vidéo, il va avoir ce rôle toxique, et comme son pote est trop con pour s'en rendre compte, il va aller au charbon se faire péter les ratiches gratuitement. Regardez la sélection naturelle en action: si c'est nous qui dominons le monde et pas les gorilles, c'est justement parce qu'on est assez malin pour faire en sorte que les plus fort que nous se battent entre eux et à notre place, et c'est pour ça que c'est Bill Gates et pas Conan qui domine le monde.

A 4:47, c'est mon moment préféré de la vidéo. Le flic s'approche des duellistes et se comporte quasiment comme un arbitre de boxe, leur donnant sa bénédiction et stipulant les règles. C'est absolument magnifique tellement c'est débile. Il ne manque que le "Fight!".

A 6:00, les aboiements du roquet enlèvent toute porte de sortie au molosse, et l'issue est inévitable. Bel exemple d'amitié!

Et à 6:40, c'est parti. Je vous avoue que c'est le seul moment ou j'applaudis bien fort Jones: dans un combat rituel comme celui-ci (les flics regardent, personne ne va sortir de couteau, ce n'est pas une question de survie où tout les coups sont permis mais une histoire d'ego), il ne court quasiment aucun danger, étant bien plus entrainé que son adversaire. En fait le seul réel danger dans lequel il est serait par exemple de mettre KO le gars, et que celui-ci s'ouvre la tête en tombant: on voit souvent des gens tomber KO sans mettre les mains pour ralentir leur chute et se blesser sévèrement sur le bitume. Il choisit donc de le démonter à coup de low-kicks, ce qui est assez bien vu car cela ne fait quasiment aucun dommages à long terme, mais cela fait en revanche extrêmement mal. Si vous en avez déjà pris un par quelqu'un qui a un tant soi peu de puissance, vous savez qu'un seul coup dans les jambes peut mettre hors de combat. Et vu le bruit, les kicks de Jones doivent quand même piquer légèrement.  A 7:01, j'ai vraiment mal pour le gars en orange, et à 7:17, crochet dans la tronche, terminé.

La fin de la vidéo est géniale: le roquet est complètement enragé par la défaite de son pote (alors que c'est lui qui l'a envoyé au casse-pipe), soit disant qu'il a jeté l'éponge juste avant de se faire mettre KO, ce qui n'est pas clair... Cela me fait vraiment rigoler, surtout sa manière de tomber le t-shirt, il faut dire qu'il y a des filles qui regardent, c'est presque un cas d'école.

Je suis particulièrement agacé par Jones et la manière dont il s'est servi de cet incident dans les médias, déformant les faits (soit disant que les agités voulaient le suivre jusque chez lui et que c'est pour ça qu'il a proposé le combat, ce qui, on l'a vu est manifestement faux), et en fait attisant par sa seule présence l’agressivité des jeunes mâles en rut qui sortent des bars le samedi soir. Attention, je ne cautionne pas l'attitude des roquets, mais bon il faut quand même avouer que faire la sortie des bars déguisé en Batman, c'est vraiment chercher les emmerdes.  Et puis là, il choisi son combat... Le gars en orange est certes mastoque, mais dans un combat rituel, il n'a absolument aucune chance.

Bref, il crée des problèmes plus qu'il n'en résout, met en porte à faux la police qui a quand même autre chose à foutre le samedi soir... Et puis un jour, il va tomber sur un excité en mal de sensations fortes et/ou de reconnaissance, loin des flics, qui va sortir un couteau et le planter, ou lui coller une balle, ou vraiment le suivre chez lui et s'en prendre à sa femme et ses enfants . Les deux premiers cas sont déjà arrivés  et il n'a été que légèrement blessé, grace à sa veste pare-balle... Mais s'il tombe sur un ou des gars un tant soit peut sérieux (pas comme les guignols de la vidéo) qui lui en veulent vraiment, et vu son attitude de branleur ça va finir par arriver, ce n'est pas une veste pare-balle qui stoppera un couteau...

Tout est par ailleurs très bien géré médiatiquement par Jones, qui profite de la viralité de la vidéo pour vendre ses t-shirts "Mutual Combat"... Il sait exactement ce dont il peut se permettre légalement, et cela fait plusieurs fois qu'il fait le buzz de cette manière... Un moyen de relancer sa carrière de MMA?

Bref, tout cela est à la fois affreusement amusant et vraiment bien triste. L'histoire entière est une démonstration magistrale de stupidité de la part de tous les intervenants, police y compris. Et comme la stupidité n'est pas encore illégale et n'est malheureusement plus sanctionnée par un darwinisme brutal1... Je vous dis à bientôt pour d'autre frasques des "Real Super Heroes".

1Stupidity: why don't we take the safety labels of everything and let the problem solve itself?

mercredi 14 novembre 2012

Prendre en main son traitement II: ce que l'on peut faire en plus

(Ce post est la suite de "Prendre en main son traitement I")

Au tout début de mon traitement, j'ai posé la question suivante à mon médecin: "Est ce que je dois modifier mon alimentation?".

C'était bien évidement une question piège. Cela fait un moment que je m'intéresse à ce sujet et je connais très bien la réponse, qui n'est pas "Oh non, vous pouvez manger tout ce que vous voulez" comme me l'a affirmé le médecin avec un grand sourire. Il est évident que c'est faux, et c'est malheureusement un domaine qui est encore trop négligé dans le traitement de tous les cancers1. Pourtant, il ne faut pas être Einstein pour se dire que l'on va mieux se porter si l'on mange un bon steak bio avec des légumes variés, des fruits et du thé vert que si on s'envoie une pizza industrielle et un coca, et c'est doublement vrai lorsque l'on subit un traitement lourd comme de la chimio ou de la chirurgie où le corps à besoin de toute l'aide que l'on peut lui donner. De toute les choses sur lesquelles vous avez un contrôle et que vous pouvez améliorer pour rendre la thérapie moins difficile, l'alimentation est la plus simple, la plus efficace et potentiellement la plus agréable (miam).

Pourtant peu de médecins vous en parleront. Certains d'entre eux sont même ouvertement hostile à toute approche alternative, une hostilité qui est surement due à une part d'ignorance, mais aussi à la crainte que les patients refusent la thérapie conventionnelle et se tournent vers des médecines plus douces. C'est compréhensible, et récemment l'exemple de Steve Jobs nous rappelle que même les gens les plus intelligents peuvent commettre des erreurs de jugement dramatiques: il a en effet refusé la chirurgie pendant neuf mois, comptant sur une modification de son alimentation pour combattre la maladie, ce qu'il a vivement regretté plus tard. Selon plusieurs sources, il est assez probable qu'il serait en vie actuellement s'il avait suivi l'avis des médecins.

Soyons clair: ce qui vous sauvera, c'est la médecine occidentale: radiothérapie, chirurgie, chimiothérapie. Ce qui n'empêche que l'on peut faire plein de choses en plus, soit pour mettre toutes les chances de son coté, soit pour améliorer sa qualité de vie durant un traitement qui est très éprouvant.

Pour beaucoup des choses dont je vais vous parler dans cette série de posts, il y a des études qui montrent un effet sur la survie à long terme... Mais elle ne sont pas forcément encore très reconnues car trop peu nombreuses. Malheureusement, démontrer que le thé vert améliore la survie à 5 ans de 20% (je prend un chiffre au hasard) ne rapporte de l'argent à personne (mais je digresse)... Il est par conséquent très possible que si vous en parlez à votre médecin celui-ci minimise l'importance de boire du thé vert (par exemple) comme étant anecdotique. Mais le médecin n'est pas en train de se battre pour sa vie, vous si.

C'est un peu idiot de raisonner en terme statistique mais mettons que de boire du thé vous donne 2% de plus de chances de survie à 5 ans. Idem pour la méditation, une alimentation plus saine, le sport, et participer à un groupe de support. D'un coup ces petites choses, cumulées nous donnent 10%... Quand votre pronostic de base, c'est 70% de chances à 5 ans, c'est énorme! De plus, on sait que des choses comme l'hypertension, l'obésité, pour n'en nommer que deux sont des facteurs de morbidité supplémentaire lors des traitement lourds... Et comment on lutte contre l'hypertension, l'obésité etc? CQFD. Plus votre corps sera sain, mieux vous résisterez au traitement, qui est aussi une cause de mortalité, malheureusement.

Et puis calculer en terme de chances de survie c'est vraiment ne pas voir très loin: si vous vous impliquez et que vous mettez en œuvre tout ce que je vous propose, votre qualité de vie sera meilleure et vous serez plus heureux au quotidien, ce qui est de loin le plus important. D'ailleurs je m'adresse ici à des malades (merci à J. dont les questions m'ont motivé à écrire ce post au passage, j'espère que tu tiens bon!) mais si vous êtes bien portant, appliquer ce que je vous dis vous donnera une meilleure santé et vous permettra d'être plus heureux au quotidien. Il n'y a donc pas d'excuse pour ne pas le faire, même si le médecin vous dit que cela ne vous aidera pas à guérir. Ceci étant dit, communiquez toujours avec lui, certaines de vos idées peuvent être dangereuses et certains suppléments ont des interactions avec les médicaments.

Bon, je parle, je parle, mais en pratique, qu'est ce qu'on peu faire en plus? Je vous ai donné quelques pistes: alimentation, exercice, travail de l'esprit, spiritualité, sourire, support psychologique, repos et responsabilisation  me semblent être les huit piliers fondamentaux. Certains de ces sujets, tous en fait, méritent que l'on s'y attarde de façon substantielle (l'alimentation, en particulier est un vaste sujet et j'ai un peu peur de me lancer là dedans, je vous avoue), et donc on en reparlera très bientôt.

J'oubliais le plus important: la première chose, c'est bien évidement de mettre un terme à nos habitudes nocives: si vous fumez, ou si vous êtes alcoolique, la première chose à faire c'est de vous débarrasser de ces comportements. Et si vous me répondez que vous êtes trop anxieux pour arrêter de fumer... Je ne peux pas grand chose pour vous aider. Je peux vous donner des conseils, mais pas vous donner l'envie de vivre, ça c'est quelque chose que vous devez trouver en vous-même.

Pour conclure, je vous conseille vivement le livre "Anticancer" de Sevran-Schreiber, qui a beaucoup contribué à structurer ma pensée dans ce domaine. C'est une lecture indispensable pour tout malade: si seulement la moitié de ce qu'il dit est vrai, et je suspecte fortement que c'est bien plus que ça, cela change complètement la donne sur comment envisager sa thérapie. Plus encore, il est vraiment intéressant pour les gens bien portant pour vous aider à adopter un style de vie aidant à prévenir les risques de cancer.

(A suivre: l'alimentation!)



1 Il faut que je précise que c'est une exception au SCCA ou je suis soigné, où ils sont justement très en avance sur les thérapies complémentaires. J'ai ainsi eu plusieurs consultations avec une diététicienne, entre autres choses.

vendredi 9 novembre 2012

4 more years

Bon et ben voilà, c'est fait, Obama a été réélu.
 
J'avoue que c'est un énorme soulagement. Quelqu'un parmi mes amis a posté le soir de l’élection quelque chose comme "Franchement, vous croyez vraiment que Romney pouvait passer?". Et bien en fait, Romney en lui-même, non. Il a trop fait de bourdes et s'est sabordé pendant la campagne. Ses idées, oui. Et si, grâce au système des collèges électoraux,  Obama n'a jamais été en danger, contrairement à ce que Fox News a pu essayer de nous faire croire, le vote populaire est en revanche relativement proche (50.4% contre 48%). Et c'est un peu effrayant.

Effrayant car je peine vraiment à comprendre comment des gens ont pu voter Romney.  Il y a pour moi au moins 3 raisons pour lesquelles c'est absolument impensable. J'ai conscience que j'arrive après la bataille et que c'est un peu tard pour un laïus anti-Romney, mais bon, on va dire que c'est le décalage horaire (d'ailleurs, essayez de demander à Romney combien il y a de décalage avec la France, ça l'occupera pendant qu'il essaie de sortir de l'avion). C'est parti.

Première raison: l'un des points clé du "programme" de Romney, et d'ailleurs l'un des seuls point sur lesquels il donnait une information claire, c'était sa promesse de repousser Obamacare (surnom du Patient Protection and Affordable Care Act, Loi sur la protection des patients et des soins abordables). Autant vous dire que rien que pour ça, il mérite de prendre la porte (dans les genoux). Vous savez surement tous que le système de santé américain est passablement défectueux, et d'ailleurs il faut que je termine mon post sur les assurances pour que vous preniez la mesure du problème. Et bien même si Obamacare n'est pas parfait, c'est une amélioration plus que nécessaire.

Pour rappel, parmi les mesures phares de cette loi, il y a l'interdiction de refuser d'assurer et de pratiquer un tarif prohibitif à une personne atteinte d'une condition pré-existante, l’abolition des plafonds de remboursements sur une vie, et (c'est ce qui fait débat), l'obligation conjointe des compagnies à fournir une assurance accessible à tous et aux gens n'ayant pas d'assurance de souscrire à celles-ci. Je peux vous dire que pour tous les patients du groupe de support que je fréquente, l'angoisse majeure après celle de la rechute, c'est celle de perdre son assurance. J'ai par exemple un ami, père d'un garçon de 20 et quelques années, qui est complètement paniqué parce que son fils va bientôt dépasser l'âge lui permettant d'être sur l'assurance de ses parents. Comme il a perdu 2 ans à cause de la leucémie et qu'il n'a pas fini ses études, il n'a pas de travail... Donc, si Obamacare venait à être repoussé, bientôt plus d'assurance sans la possibilité d'en retrouver une, ce qui signerait la mort financière de la famille, le budget médicament mensuel atteignant facilement un nombre à 4 chiffre. Vous imaginez donc bien que pour nous, l'enjeu des élections c'est bien plus que des querelles idéologiques.

Le pire dans tout cela, c'est que Mitt Romney, alors gouverneur du Massachusetts, a été forcé par le congrès de l'état de passer une loi similaire à Obamacare il y a quelques années... Et que cela marche! Bref, c'est vraiment de la propagande idéologique de base pour jouer sur la peur qu'a l’Amérique profonde du communisme , et c'est vraiment répugnant. Au passage, la sécu mes enfants, vous la critiquez peut-être souvent, mais vous ne savez pas la chance que vous avez.

Romney c'est était aussi une certaine... comment vous dire... vision de la finance. Il proposait notamment de baisser les impôts afin de financer le déficit, comptant sur la "trickle down theory" qui consiste à dire que moins les riches payent d’impôts, plus ils injectent de fric dans l'économie et plus ils créent des emplois. Une politique qui marche super bien, comme Bush nous l'a démontré avec brio pendant 8 ans en causant le déficit historique des États-Unis, et que Romney voulait donc s'empresser de renouveler. Il faut dire que comme le gars est milliardaire, payer encore moins d’impôt, ça le branche pas mal.

Vous voyez, ça ça m'énerve, et ça m'effraie, vraiment. Que l'on puisse voter pour un gars qui est plein aux as et qui paye moins d'impôt que la famille américaine moyenne, déjà, ça me dépasse pas mal. Mais que l'on puisse voter pour un gars surnommé le "vulture-capitalist" (jeu de mot sur venture et vautour), même pas par ses opposants mais directement par les membres de son parti pendant la primaire (faut le faire, quand même), là je ne comprend plus. Le gars a bâti une partie de sa fortune en achetant des boites parfaitement saines et en faisant ensuite des profits énormes en les coulant (ne me demandez pas comment ça marche, j'ai compris la démonstration mais je ne saurais pas la refaire, j'ai juste compris que c'était immonde), et les gens votent quand même pour lui. Je trouve ça dingue. 

Dernière chose qui probablement a causé la perte de Romney, c'est la quantité impressionnante de gaffes commises par lui-même et par son camp. Pêle-mêle, on retiendra l'inénarrable commentaire sur le fait que l'on ne puisse pas ouvrir les fenêtres des avions, la vidéo volée lors d'une levée de fonds pour la campagne où il expliquait que 47% des américains (ie, les démocrates) étaient des assistés, ce qui aux US passe encore plus mal qu'ailleurs, la notion de responsabilité personnelle étant très forte, et aussi et surtout le nombre impressionnant d'attaques contre les libertés des femmes à tel point que l'on a parlé de "War on Women". Entre les réductions de budget du planning familial, la campagne anti-avortement  et les commentaires de certains républicains affirmant que "une femme ne peut pas être enceinte après un viol, leur corps à un mécanisme de défense" (si, si...), il n'y a rien d'étonnant au fait que 55% de l'électorat d'Obama soit féminin.

Bref, autant vous dire que je suis quand même franchement soulagé, en particulier à cause d'Obamacare, qui m'impacte directement.

Pour finir ce long post, vous savez surement que ce n'était pas que l’élection du président: les américains votaient aussi pour un certain nombre de référendums dans chaque états.

Sachez donc que le mariage gay a été légalisé dans les états de Washington (chez nous donc), du Maine et du Maryland, prenant ainsi place aux cotés du Massachusetts, du Connecticut, de l'Iowa, du Vermont, de DC, du New Hampshire et de l'état de New-York. Jusqu'ici, les bouches de l'enfer ne se sont pas ouvertes pour nous engloutir tous, on croise les doigts mais vu comment il caille, j'ai pas l'impression que ça soit pour demain. 

Sachez aussi que c'est une élection historique car l'état de Washington et l'état du Colorado ont légalisé (pas dépénalisé, légalisé) le cannabis, et ce par un vote massif (55% pour, 45% contre). Les modes opératoires sont d'ailleurs très intéressants car très différents et cela va être une histoire à suivre de près, en particulier en ce qui concerne la réaction du gouvernement fédéral.  Quel que soit votre avis sur la question, je pense que l'on peut saluer le courage de cette initiative, il faut en avoir pour reconnaitre que les 30 ans de "War on Drugs" ont été un échec complet et pour tenter quelque chose de différent.

mercredi 31 octobre 2012

Mon pied bot

Parmi les multiples effets secondaire des stéroïdes, il y a la rétention d'eau.

Pour vous donner une idée de ce que cela donne, voici une photo de l'un de mes pieds. Notez que je ne suis pas complètement abruti et que je met des chaussettes que j'ai depuis plusieurs années, qui sont complètement détendues, et pas des chaussettes trois tailles en dessous. Comme je suis très fin (un terme que je préfère à maigre, comme quoi les maigrichons ont aussi des complexes), les clichés ne sont forcément ultra-impressionnants, mais c'est plus une question d'écart par rapport à la normale que d'absolu.



Le problème de la rétention d'eau, outre les questions d'esthétique (en plus de mes arpions, j'ai le visage gonflé et j'ai pris -relativement, je reste un sac d'os- du bide), c'est que cela fait mal  en permanence. On est de plus compressé dans ses chaussures, ce qui est vite pénible et fatiguant et même pieds nu cela peut rapidement devenir très douloureux. Quand j'étais sous dose maximum de prednisone, il m'est arrivé de passer des journées complètement déglingué à l'oxycodone, juste parce que j'avais horriblement mal aux pieds.

Bref, plutôt que de chouiner, parlons "solutions", même si ce ne sont pas vraiment des solutions puisque l'on ne peut pas totalement régler le problème.

J'en ai une simple: il suffit de picoler de l'aquavit, de se souler comme un cochon et de dormir toute la journée, et hop, problème réglé. Comme en pratique, c'est un peu compliqué, surtout vu l'augmentation du prix de l'alcool dans l'état de Washington, il va falloir trouver quelque chose d'un peu plus intelligent.

Trêve de plaisanteries. La première solution est évidente mais n'est pas sous notre contrôle: il faut diminuer la dose de stéroïdes le plus vite possible. Maintenant que je suis à la moitié de la dose d’origine, je suis toujours enflé, mais cela va quand même beaucoup mieux, je ne prend plus de l'oxycodone que tout les 15 jours en moyenne et la plupart du temps, la douleur est vraiment supportable. C'est plus une gène qu'autre chose.

Deuxième point extrêmement important: éviter le sel sous toutes ses formes. C'est très important, et les effets sont très notables et presque immédiats. Je constate une dégradation très claire de la situation peu de temps après un occasionnel repas salé. Que voulez-vous le riz à l'eau et les steaks sans sel, à force, c'est vraiment ultra pénible, et de temps en temps je fais des écarts, particulièrement quand nous achetons une pièce de viande de très bonne qualité qu'il serait dommage de gâcher en ne l'assaisonnant pas correctement. Faites en particulier super attention à tout ce qui est nourriture industrielle, c'est en général saturé de sel, pour masquer que c'est immonde. D'ailleurs, jetez toute la merde industrielle que vous avez dans votre frigo, votre corps vous remerciera.

Si la prévention échoue et que vous êtes vraiment gonflés comme je le suis sur les photos, il y a plusieurs choses qui peuvent aider.

La chose la plus simple est de se coucher par terre, les pieds en l'air contre un mur. Sur un canapé, ça marche aussi. Cela marche relativement bien pour atténuer une crise aiguë, après avoir fait les magasins par exemple. Il parait que ça a aussi des bénéfices en terme de circulation générale, je vous laisse en juger.

Souvent, cela n'est pas suffisant, et la deuxième chose qui peut aider, c'est le massage. Il faut masser du pied vers le genou, en longs mouvements. L'idéal est de se faire masser, mais si vous êtes comme moi, c'est pratiquement tout les soirs qu'il vous faut un massage, et c'est vite pénible. Vous pouvez donc aussi vous auto-masser, moins efficace, moins pratique, mais cela soulage plutôt pas mal.

En cas de grosse crise, vous pouvez aussi essayer les bas de contention, ou ces chaussettes que l'on achète pour les longs voyages en avion. Je ne suis pas super fan, à vrai dire. Je ne trouve pas que cela aide vraiment, personnellement, cela fait même plus mal qu'autre chose, mais bon il faut essayer, cela marchera peut-être mieux pour vous. 

Dernier truc à tenter, l'acupuncture. Honnêtement, difficile de vous dire si c'est réellement efficace. Je suis persuadé que l'acupuncture marche en général, mais là, on a à faire à un effet causé par un médicament sacrément puissant... J'ai fais trois séances. Lors de la première, j'avais vraiment mal aux pinceaux puis pendant quelques jours, j'ai arrêté d'y penser, et j'ai fini par oublier le problème. Les deux séances suivantes ont été bien moins concluantes, et puis difficile de vous dire si l'effet était du aux aiguilles ou au fait qu'à cette période, je diminuais les doses de prednisone. J'ai arrêté d'y aller, principalement parce que je n'ai pas les moyens de me payer une séance toutes les semaines, mais cela peut être un bon moyen en cas de crise aiguë. Attention à bien demander à l'acupuncteur de désinfecter la peau à l'endroit où il pose les aiguilles et  bien sur n'utiliser que des aiguilles à usage unique (je sais, je vous prend pour des courges, mais mieux vaut prévenir!).

mercredi 24 octobre 2012

Scéance de dédicaces avec Larry Niven

Hier il m'est arrivé un truc vraiment super.

J'étais en train d'écrire un post relatant une mésaventure qui m'est arrivé à University Bookstore, une librairie fameuse du quartier. Tournant un peu en rond, comme cela m'arrive de plus en plus fréquemment en ce moment, j'ai fini par m'interrompre pour aller prendre l'air histoire de décanter un peu, et mes pas m'ont justement porté jusqu'à la librairie en question. Réflexe de base, je vérifie le calendrier des évènements, sait-on jamais, peut-être que depuis trois jours il y a eu du changement et qu'une légende vivante de la littérature va pointer le bout de son nez.

Tiens, le mardi 23 octobre, il y a Larry Niven, cool ça, je reviendrais.

Comme dans les films, je me tourne, je commence à monter les escaliers pour aller tripoter les dernières tablettes du rayon informatique, je m'arrête, me retourne, dévale les escaliers 4 à 4, me replante devant le tableau d'affichage. Bon, j'exagère un peu mais c'est ce qui se passe dans ma tête en tout cas. Je me frotte les yeux, et punaise, mais oui, aujourd'hui, enfin hier si vous suivez, il y a effectivement Larry Niven et son co-auteur Greg Benford qui sont présents pour une présentation et une séance de dédicaces de leur dernier livre, "Bowl of Heaven".

Pourquoi est-ce que c'est un évènement vraiment génial? 

Et bien figurez-vous que Larry Niven est une légende vivante de la Science-Fiction, plus spécifiquement, c'est l'un des pionniers de la  "Hard Science-Fiction", un sous-genre principalement tourné sur une anticipation et une exploration de ce que peut-être notre futur en se basant le plus possible sur des théories valides scientifiquement. Par exemple, pas question d'écrire un super-héros qui stoppe net la n-ième chute infernale de sa dulcinée sans lui briser les cervicales : l'histoire doit avoir obéir le plus scrupuleusement possible aux lois de la physique. Oui, bande de nerds, je sais, Gwen Stacy est justement morte comme cela, c'est pour vérifier si vous suivez, d'ailleurs Mr Niven a justement écrit un essai, hilarant, intitulé "Man of Steel, Woman of Kleenex", détaillant les problèmes qu'aurait Superman (ou plutôt son infortunée partenaire, Superman lui ne risque que de se salir) pour avoir des relations sexuelles avec une humaine.

Larry Niven est principalement connu pour son roman l'anneau-monde, où il décrit un artefact qui est depuis entré dans la culture populaire: un anneau d'un diamètre de l'orbite de la terre (600 millions de km), d'un 1 million de km de large, et faisant donc 300 millions de fois la superficie de la Terre. Oui, les jeunes, si vous jouez à Halo, c'est à ce monsieur que vous devez le concept au centre de l'histoire. Fascinant comme idée, non? Et pour vous donner une idée de l'influence de Niven, il a fait partie des conseillers de Reagan lors de la conception du bouclier anti-missiles SDI, et plus récemment il fait partie d'un groupe d'auteurs de SF qui conseille le Departement of Homeland Security sur les tendances futures. On ne parle pas d'un baltringue comme Dan Brown, quoi.

image trouvée sur http://www.larryniven.net please contact me if it is a problem, I'll take it down
Dans son nouveau roman, en collaboration avec Gregory Benford, il décrit une structure encore plus complexe que l'anneau-monde. C'est le "Bowl of Heaven" du titre, un anneau-monde auquel est attaché un espèce de wok troué composé de miroirs, qui sont focalisés sur une étoile et dont la chaleur, un peu comme une loupe, provoque une éjection de plasma de la dite étoile, éruption qui est canalisée dans le trou du wok par un champ magnétique. Ce jet de plasma, comme une fusée, fait avancer l'étoile, qui à son tour tire le "bol" derrière elle par gravité. Ca ressemble à ça:

from http://www.gregorybenford.com, please contact me if it is a problem, I'll take it down
Cela semble complètement dément? Et bien figurez vous que Benford est professeur d'Astrophysique, spécialiste du magnétisme et des plasmas, et qu'en gros, la science qu'il y a derrière tout ça est cohérente... C'est même le but du jeu! Pendant la mini conférence (mini, parce qu'on était une vingtaine, ce qui m'arrange bien sinon je n'aurait pas pu y aller, les gens ne savent pas ce qu'ils ratent) qui a précédé la scéance de dédicaces, ils ont passé une heure à expliquer toute la science derrière le concept justement, ainsi que les calculs qu'ils ont effectué et que tous les choix de design qu'ils ont fait lors de la conception du "Bol".

C'était vraiment un moment passionnant. On sent que Niven n'aime pas parler en public, c'est un écrivain, il est à l'aise à l'écrit et d'ailleurs il exècre apparemment les séances de dédicace... Mais c'est aussi un conteur et c'était amusant de le voir s'enflammer pour son sujet. A la fin, on ne pouvait plus l'arrêter, on sentait bien qu'il se forçait vraiment à ne rien révéler de l'intrigue. C'est vraiment rare de pouvoir avoir comme ça une conversation avec une légende et d'avoir une vision de son processus créatif, c'était vraiment génial.

Bon et le bouquin dans tout ça, il est comment? Je ne l'ai pas encore lu, figurez-vous... Mais l'ironie de l'histoire, c'est qu'au delà du concept qui est génial, le livre est, si j'en crois les revues Amazon, un des plus mauvais des auteurs, à cause d'un travail d'édition qui a manifestement été fait par un aveugle (si vous devez vous moquez d'un aveugle, faites le à l'écrit, arf, arf). Il y a notamment des erreurs de continuité où un personnage fait deux fois la même action, à quelques paragraphes d’intervalle comme si les chapitres écrits par les différents auteurs avaient été collés à la suite les uns des autres sans qu'il n'y ait de vérification de la cohérence de l'ensemble. Je vous dirais ce que j'en pense quand je l'aurais lu!

Bon, et sinon, j'adore Seattle. Cela porte ma collection de livres dédicacés par des légendes à une bonne quinzaine, je ferais la liste un de ces 4, ça vous fera baver (ou pas), et moi ça me fera plaisir de vous parler encore de bouquins.

dimanche 21 octobre 2012

Bilan médical à un an post transplantation III

(ce post est la suite de celui-ci et de celui-là).

Bon on va en finir avec cette histoire hein?

Résumé des épisodes précédents: il restait un exam important à faire, le DEXA Scan, qui mesure la densité des os, et le bilan final avec tout les résultats (j'ai déjà inclus certains résultats, comme celui du bilan sanguin, dans les post précédents).

De tous les examens, c'est le plus rapide, j'ai eu le temps de me garer, d'aller faire la radio et de profiter des 30 premières minutes de parking gratuit. Fastoche.

Ce qui est moins sympa c'est le résultat: j'ai maintenant de l'ostéoporose, c'est à dire que mes os sont moins denses que 97% de la population. J'ai perdu à peu près 30% de ma masse osseuse, ce qui  après calcul représente à peu près 2 kilos en moins. Cette perte de densité est due aux médicaments que je prend: la chimio, la dasatinib, mais surtout la prednisone. La bonne nouvelle, c'est que c'est réversible avec un médicament, de l'exercice et une alimentation appropriée. La mauvaise, c'est que temps que je serais sous prednisone, cela ne s'améliorera pas, et que cela prend environ 5 ans.

Bizarrement, c'est quelque chose qui m'a vraiment cassé le moral pendant quelques jours (cela fait plus d'un mois maintenant, j'ai eu le temps de digérer depuis). Dans l'absolu, compte tenu de tout ce que mon corps a traversé, compte tenu de toutes les choses horribles qui auraient pu m'arriver, c'est un problème mineur et qui plus est réversible.... Mais il est difficile de prévoir ce qui va nous toucher car cela n'est pas forcément rationnel, et ça, ça m'a touché durement.

 Il me semble qu'en général c'est quelque chose qui va bouleverser l'image que l'on a de soi (celui que l'on pense être) qui va avoir un impact fort. J'ai toujours pratiqué des arts martiaux, fait du snowboard, du roller... Et si les arts martiaux m'ont donné confiance en moi, ce n'est pas parce que je me sens plus fort que les autres, mais bien parce que j'ai "survécu" à des entrainements vraiment pénibles et que je sais que je peux prendre une sacrée tannée avant d'être hors service. Par conséquent, c'est dur, cette sensation désagréable de se sentir "fragile". Dur à encaisser. Même si j'ai conscience aussi qu'au travers de toute cette histoire, mon expérience de la douleur a surement été différente de la plupart des gens, grâce à cette expérience de la confrontation justement, et que cette perte de résistance physique n'enlève rien à ma résistance mentale.

Passons à quelque chose de bien plus important que la densité de mes os, et surtout de bien plus réjouissant: le résultat de l'aspiration de moelle.

Pas grand chose à en dire en fait: la biopsie est négative, pas de signe de leucémie!

Je vais prendre les pincettes habituelles: ce n'est pas parce que quelques millilitres de moelle prélevés dans ma hanche droites ne contiennent pas de cellules cancéreuses qu'il n'y a pas quelques cellules malades bien planquées dans la moelle de mon petit doigt de pied gauche... Mais cela ne veut pas non plus dire qu'il y en a forcément en embuscade quelque part! C'est donc un résultat très encourageant, même si je ne me détendrais complètement que lorsque cinq ans auront passé et que j'aurais arrêté la dasatinib.

C'est marrant d'ailleurs, ce besoin que j'ai de rappeler que rien n'est joué. Je suis complètement persuadé que le traitement a marché, j'ai une foi inébranlable que tout va bien se passer... Mais il y a un morceau de moi qui reste traumatisé, j'imagine. Qui est toujours sur ses gardes, qui n'a plus jamais envie de vivre le choc du diagnostic... Et qui, si je suis 100% honnête, pas comme dans les paragraphes que je viens d'effacer, a besoin de faire savoir au monde, "Regardez moi, j'ai failli claquer et je risque toujours de claquer...". Je n'ai pas encore bien élucidé pourquoi, je crois que c'est que ce morceau de moi en a tellement chié qu'il a besoin que l'on s'occupe de lui, que la fin de la phrase en fait c'est "je risque toujours de claquer, prenez soin de moi". Je suspecte qu'il y a encore d'autres choses derrière cela, mais ce post est maintenant trop long pour que j'aille plus loin.

 C'est le mauvais coté de ce blog, cela n'aide pas à s'abstraire de cela, et j'en ai bien conscience. C'est d'ailleurs pour ça qu'en fait si l'on regarde bien, je n'ai jamais vraiment parlé de ce qui s'est passé à l'hosto.  Le truc rassurant, c'est que je suis très conscient de cet effet pervers et que je fais très attention à ne pas tomber dans ce syndrome... Même si parfois mon "actualité" me "force" plus ou moins à parler de ces trucs.

En tout cas rassurez-vous, je gère globalement bien cette épée de Damoclès, en fait. Je n'y pense pratiquement pas, à part 5 minutes avant les résultats de mes prises de sang mensuelles, ou juste avant d'avoir les résultats d'un prélèvement de moelle osseuse, où j'avoue m'être totalement décomposé dans la salle d'attente.

Voilà pour les résultats (punaise, encore un qui aura eu du mal à être accouché, c'est une constante en ce moment)! Il reste à parler un peu de la suite. J'ai un peu commencé dans le post sur la maladie du greffon contre l'hôte, mais j'aimerais élaborer un peu sur ce sujet. Pourquoi est-ce qu'un an plus tard, j'en chie encore. Vous savez, histoire de me faire plaindre ;) (et au passage, histoire de donner mes trucs et astuces pour mieux vivre tout ces trucs, ça peut malheureusement servir à d'autres. 

lundi 15 octobre 2012

L'Histoire sans Fin II

(ce post est la suite de l'Histoire sans Fin I).

Comme d'habitude on va alterner sérieux et moins sérieux.

Toujours en quête des différentes traductions des premières phrases de l'Histoire sans Fin, figurez vous que j'ai trouvé le texte original... En allemand! Je suis un tantinet embêté parce que je ne parle pas un traître mot d'allemand, mais Google Translate est suffisant pour comparer la structure des phrases et tout.

Il y a quelques jours, un certain Galwan (yo, man, merci!) m'a laissé un commentaire avec la traduction française. Merci du fond du cœur, pour m'être tapé à recopier la version allemande, je me rends bien compte du temps que ça prend, c'est vraiment super de ta part.

Voici donc, côte à côte, les premières phrases de chaque chapitre en anglais, français et allemand (faites défiler le texte, tout est à la fin du post).

Je ne vais pas faire une analyse détaillée de chaque lettre, pourtant cela serait super intéressant. On va juste s'attarder sur la lettre Z. Je vous laisser aller voir à la fin du post.

Vu? Bon.

En lisant l'Histoire sans Fin en français et en anglais, je me suis toujours dit que dans le texte original, le dernier chapitre devait aussi commencer par "Zigzaguant", supposant que le mot allemand partageais la même racine. J'ai donc été très surpris que cela ne soit pas le cas, et je trouve que comparer les trois phrase est intéressant.

Prenons d'abord l'allemand: "Zögernd stand der Junge, der keinen Namen mehr hatte, auf und ging ein paar Schritte auf Atréju zu.". Traduit mot à mot via Google, cela donne: "Hésitant, le garçon qui n'avait pas de nom, s'approcha de quelques pas d'Atreju" (vous remarquerez que j'ai déjà introduit un biais, vu que j'ai arrangé la phrase de Google, si une bête en allemand peut me traduire cette phrase, je l'en remercierais). (Et une bonne âme m'a envoyé une meilleure traduction: "Hésitant, le garçon qui n'avait plus de nom se leva et fit quelques pas en direction d'Atreju.", merci Cécile!)

Pas de notion de zigzag, donc, que l'on retrouve en anglais et en français. En français la traduction est très dépouillée:  "Zigzaguant, le jeune garçon qui n'avait plus de nom fit quelques pas vers Atréju.". Ce n'est pas exactement identique, on perd la notion d'hésitation, mais elle est globalement transmise dans le "zigzag". Le traducteur s'en sort bien, pour arriver à sortir un Z de son chapeau en restant globalement fidèle au texte! Mais on a quand même une légère perte de sens.

C'est l'anglais qui m'a le plus surpris globalement: "Zigzagging unsteadily, scarcely able to control his feet, the boy who had no name took a few steps toward Atreyu". Le traducteur, tenu par la contrainte d'utiliser un Z, a aussi choisi d'utiliser la notion de zigzag (pas trop bien le choix de faire autrement, de toute façon), mais a rajouté du texte ("à peine capable de controler ses jambes"), surement pour essayer de traduire la notion d'hésitation... Mais en rajoutant du coup quelque chose qui n'est pas du tout dans le texte d'origine.

Fascinant, non? Cela veut dire que suivant la langue, on a une "expérience" du livre qui est différente (forcément), mais en plus un texte qui diffère de façon assez substantielle par endroits, à causes d'ajouts ou d'omissions (intentionnelles... ou pas) du traducteur.

Je vous laisse le plaisir d'étudier les autres lettres, il y a d'autres exemples de ce genre. Au hasard, pour le J, il y a le même genre de truc, avec un mot, "tortueux", qui est présent en français et en allemand, mais pas en anglais.

(De là à établir un rapport avec les traductions/transcriptions successive des grands textes religieux et à dire qu'il ne faut surtout pas chercher à interpréter ces textes au mot près comme certains peuvent le faire, il n'y a qu'un pas, que nous ne franchiront évidement pas). 

Un dernier point, j'ai des éditions identiques en terme de présentation en anglais et en allemand (même mise en page, illustrations, tailles du texte etc), et le texte en allemand fait en gros 50 pages de plus, l'anglais étant beaucoup plus concis. Intéressant, non?

  • A
    • All the beasts in Howling Forest were safe in their caves, nests and burrows.
    • Ah oui, tous les animaux de la forêt de Haule étaient tapis dans leurs terriers, leurs nids et leurs refuges... 
    • Alles Getier im Haulewald duckte sich in seine Höhlen, Nester und Schlupflöcher.

  • B
    • Because of their special importance, deliberations concerning the welfare of all Fantastica were held in the great throne room of the palace, which was situated only a few floors below the Magnolia Pavillion.
    • Bien des délibérations concernant le sort de l'ensemble du Pays Fantastique se tenaient dans la grande salle du trône de la tour d'Ivoire, qui se trouvait à l'intérieur de l'enceinte du Palais proprement dit, quelques étages en dessous du Pavillon au Magnolia.
    • Beratungen, die das Wohll und Wehe ganz Phantàsiens betrafen, wurden für gewöhnlich im großen Thronsaal des Elfenbeinturms abgehalten, der innerhalb des eigentlichen Palastbezirks nur wenige Stockwerke unter dem Magnolienpavillon lag.

  • C
    • Cairon, the old black centaur, sank back on his bed of furs as Artax's hoofbeats were dying away.
    • Cairon entendit le claquement des sabots du cheval d'Atrèju se perdre au loin et le vieux Centaure Noir retomba sur sa couche de fourrure moelleuse.
    • Cairon, der alte Schwarz-Zentaur, sank, als er den Hufschlag von Atréjus Pferd verhallen hörte, auf sein Lager aus weichen Fellen zurück.

  • D
    • Dire hunger and thirst pursued Atreyu. 
    • De soif et de faim, voilà de quoi souffrait Atréju.
    • Durst und Hunger begannen Atréju zu peinigen.

  • E
    • Ever so slowly, Atreyu awoke to the world.
    • Et pendant un terrible instant, Atréju fut assaili par le doute; Ygramul l'avait elle trompé?
    • Einen schrecklichen Augenblick lang befiel Atréju Zweifel, ob Ygramul ihn nicht doch betrogen hatte, denn als er zu sich kam, befand er sich noch immer in der Felsenwüste.

  • F
    • Falkor was still sound asleep when Engywook brought Atreyu back to the gnomes' cave.
    • Fuchur dormait toujours profondément quand Engywuck, accompagné d'Atréju, regagna la grotte des gnomes.
      Fuchur schlief noch immer tief, als Engywuck mit Atréju zur Gnomenhöhle zurückkehrte.

  • G
    • Gladness buoyed Atreyu's heart as he strode into the forest of columns which cast black shadows in the bright moonlight.
    • Grande était la joie d'Atréju tandis qu'il se promenait dans la forêt de colonnes qui, à la clarté de la lune, jetaient des ombres noires.
    • Glücklich lächelnd wanderte Atréju in den Säulenwald hinein, der im hellen Mondlicht schwarze Schatten warf.

  • H
    • High in the air rode Atreyu, his red cloak flowing behind him.
    • Haut dans le ciel, Atréju chevauchait toujours.
    • Hoch durch die Lüfte ritt Atréju dahin.

  • I
    • In the endless sky, somewhere above the roaring waves, Falkor's voice rang out like a great bronze bell.
    • Imperceptiblement, puis plus fort quelque part au-dessus des vagues mugissantes de la mer résonnait la voix de Fuchur.
    • Irgendwo über den brausenden Wogen des Meeres hallte Fuchurs Stimme, mächtig wie der Klang einer Bronzeglocke.

  • J
    • Just as Atreyu passed through the somber gate of Spook city and started the exploration that was to end so dismally in a squallid backyard, Falkor, the luckdragon, was making an astonishing discovery.
    • Juste à l'instant où Atréju franchissait le sombre portail de la Ville Fantôme et commençait sa balade dans les ruelles tortueuses qui allait s'achever de manière si funeste dans cette arrière cour crasseuse, Fuchur, le Dragon de la Fortune, avait fait une découverte tout à fait surprenante.
    • Jener Augenblick, in dem Atréju durch das düstere Stadttor von Spukstadt etreten war und seine Wanderung durch die krummen Gassen begonnen hatte, die dann so erhängnisvoll in jenem schmutzigen. Hinterhof enden sollte, hatte dem weißen Glücksdrachen Fuchur eine höchst erstaunliche Entdeckung beschert.

  • K
    • Knitting his brow, powerless to utter a single word, Atreyu stood gazing at the Childlike Empress.
    • Knock-out ou presque, en tout cas incapable de prononcer un seul mot, Atréju restait planté là et regardait la Petite Impératrice.
    • Keines Wortes mächtig stand Atréju da und blickte auf die Kindliche Kaiserin.

  • L
    • Long-thundering avalanches descended from the heights, snowstorms raged between towering ice-coated summits, dipped into hollows and ravines, and swept howling onward over the white expanse of the glaciers.
    • Les avalanches dévalaient avec un grondement de tonnere les parois montagneuses trouées de crevasses, des tempêtes de neige se déchaînaient entre les pitons rocheux des cimes cuirassées de glace, s'engouffraient en hurlant dans les grottes et les ravins et balayaient de plus belle les étendues des glaciers.
    • Lawinen stürzten donnernd über zerklüftete Bergwände, Schneestürme tobten zwischen den Felsentürmen eisgepanzerter Gipfelgrate, verfingen sich heulend in Hölhen und Schluchten, und fegten von neuem über die weiten Flächen der Gletscher.

  • M
    • "Moon Child, I'm coming!" Bastian repeated in the darkness.
    • "Maintenant, maintenant Enfant-Lune j'arrive", s'écria Bastien une seconde fois à voix basse dans les ténèbres.
    • Mondenkind, ich komme!

  • N
    • Never had Bastian slept so soundly as in that glowing red blossom.
    • Normalement, lorsque Bastien ouvrit les yeux, après avoir dormi longtemps d'un sommeil profond dans la fleur géante, il vit encore au-dessus de sa tête la voûte noire et veloutée du ciel nocturne.
    • Nachdem Bastian in der rotglimmenden Riesenblüte tief und lang geschlafen hatte und die Augen aufschlug, sah er, dass sich noch immer der samtschwarze Nachthimmel über ihm wölbte.

  • O
    • "O master," said the rumbling lion's voice.
    • "Où, maître, dit la voix grondante du lion, as-tu passé toute la nuit ainsi?"
    • O Herr!

  • P
    • Purple light passed in slow waves across the floor and the walls of the room.
    • Pourpre, la lumière baignait par vagues lentes le sol et les murs de la pièce.
    • Purpurnes Licht zog in langsamen Wellen über den Boden und die Wände des Raumes.

  • Q
    • Querquobad, the Silver Sage, had slumped down his chair asleep, for already the hour was late.
    • Querquobad Vieil-Argent s'était endormi sur son fauteuil car la nuit était déjà très avancée.
    • Quérquobad, der Silbergreis, war auf seinem Sessel in Schlaf gesunken, denn es war schon spät in der Nacht.

  • R
    • Rain was coming down in buckets.
    • Raide, dense, lourde, la pluie tombait des nuages sombres qui balayaient le ciel presque au-dessus de la tête des cavaliers.
    • Regen fiel dicht und schwer aus drunklen, fast über den Köpfen der Reiter dahinfegenden Wolken.

  • S
    • Sunbeams were fighting their way through the cloud cover as the travelers started out that morning. 
    • Soudain, quand ils se mirent en route, ce matin-là, les rayons du soleil filtrèrent en oblique à travers le sombre plafond nuageux.
    • Sonnenstrahlen fielen schräg durch die dunkle Wolkendecke, als sie an diesem Morgen aufbrachen.

  • T
    • The dewdrops on the orchids glistened in the morning sun as the caravan started out again.
    • Toutes les gouttes de rosée brillaient sur les pétales et les feuilles des orchidées dans le premier soleil du matin quand la caravane se remit en route.
    • Tautropfen funkelten an den Blüten und Blättern der Orchideen in der ersten Morgensonne, als die Karawane sich erneut in Bewegung setzte.

  • U
    • Uninterruptedly new emissaries from all parts of Fantastica poured in to swell the army of those accompanying Bastian on his march to the Ivory Tower.
    • Un nouvel émissaire, puis un autre, un autre encore, arrivant de toutes les contrées du Pays Fantastique venait continuellement se joindre à la foule de ceux qui accompagnaient Bastien dans sa marche vers la Tour d'Ivoire.
    • Ununterbrochen stieSSen neue Abgesandte aus allen Ländern Phantàsiens zur Menge derer, die Bastian auf seinem Zug zum Elfenbeinturm begleiteten.

  • V
    • Vigilant scouts returned to camp, reporting that the Ivory Tower was not far off and could be reached in two or at the most three days' marches.
    • Vigilants, les éclaireurs revinrent au camps et rapportèrent que l'on arrivait maintenant tout près de la Tour d'Ivoire.
    • Vorausgeschickte Späher kehrten ins Lager zurück und berichteten, dass man dem Elfenbeinturm nun schon sehr nahe sei.

  • W
    • While Bastian was racing through the pitch-black night miles ahead, his companions were still making preparations for departure.
    • Well, se dit Bastient qui avait déja parcouru des milles à travers la nuit d'un noir de poix, ses compagnons rescapés du combat commançaient seulement à se mettre en route.
    • Während Bastian schon meilenfern durch die pechschwarze Nacht dahinjagte, machten die zurückgebliebenen kampfgenossen sich erst an den Aufbruch.

  • X
    • Xayide's end is soon told, but hard to understand and full of contradictions like many things in Fantastica.
    • Xayide... Sa fin n'est pas longue à raconter, et pourtant elle demeure difficile à comprendre et remplie de contradictions, comme tant d'autres choses du Pays Fantastique.
    • Xayides Ende ist rasch erzählt, doch schwer zu verstehen und voller Widersprüche wie so vieles in Phantàsien.

  • Y
    • Yor, the blind miner, was standing beside his hut, listening for sounds on the snow-covered plains around him.
    • Yor, le mineur aveugle, était debout devant sa cabane et tendi l'oreille vers l'immensité neigeuse qui s'étendait de tous coté.
    • Yor, der Blinde Bergmann, stand vor seiner Hütte und lauschte in die Weite der Schneefläche hinaus, die sich nach allen Seiten erstreckte.

  • Z
    • Zigzagging unsteadily, scarcely able to control his feet, the boy who had no name took a few steps toward Atreyu.
    • Zigzaguant, le jeune garçon qui n'avait plus de nom fit quelques pas vers Atréju.
    • Zögernd stand der Junge, der keinen Namen mehr hatte, auf und ging ein paar Schritte auf Atréju zu.



samedi 13 octobre 2012

La maladie du greffon contre l'hôte

Je me suis rendu compte en discutant hier avec mon ostéopathe qu'elle ne comprenait pas forcément très bien en quoi consistait la maladie du greffon contre l'hôte. Comme elle a quand même un background relativement médical, je me suis dis que ça ne devait par conséquent pas être évident pour tout le monde. Il faut dire que c'est un peu technique quand on a pas le plaisir de baigner dans ce milieu. Pourtant, c'est important pour comprendre ce qui se passe post transplantation.

Le plus simple pour bien comprendre ce qu'il se passe, c'est à mon avis de d'abord parler de greffe d'organe "solide" (une greffe de rein par exemple), étant donné que vous connaissez tous le principe. Lorsque l'on greffe un organe à quelqu'un, il y a un rejet de l'organe greffé par le système immunitaire de l'hôte (du récipiendaire de la greffe, quoi).

Je ne sais pas si au jour le jour vous vous rendez compte de la puissance de votre système immunitaire. Vous vous êtes peut-être déjà demandé ce qu'il était en train de trafiquer pendant que vous agonisiez dans votre lit avec une grippe carabinée, ça m'est arrivé aussi, mais la vérité c'est que si l'on vous colle un organe pris au hasard (et donc absolument pas compatible) dans le buffet, l'organe en question va être détruit en quelques minutes et la réponse immunitaire va probablement être tellement massive que vous risquez d'y passer aussi (ne serait-ce que de part le choc toxique induit par la mort massive de tant de cellules).

Et même quand un organe provient d'un donneur compatible (l'idéal est d'avoir un jumeau, mais ça prend du temps à faire pousser dans une boite de pétri), votre système immunitaire va détecter que la surface des cellules de cet organe n'a pas exactement la même combinaison de protéines que lui, et donc il va parfois s'exciter un peu.  Un peu comme des supporters de l'OM et du PSG qui ne diffèrent que de part leur accent et la couleur de leur maillot, qui vont aller se foutre sur la gueule plutôt que de poursuivre leur but commun qui est de regarder le match (respectivement, dans notre corps, se maintenir mutuellement en vie).

Cette agression va être continue mais bénigne la plupart du temps (comme les injures échangées par tribunes interposées), mais il peut y avoir des poussées de violences, soit déclenchée par une irritation de l'organe pour une raison x ou y, soit par une irritation du système immunitaire. C'est pour cela que tous les transplantés d'organes solides doivent rester en permanence sous immunosuppresseurs.

Maintenant, tenez vous bien: lors d'une transplantation de moelle osseuse, c'est exactement l'inverse, mais le résultat est quasiment identique.

Quand on transplante la moelle osseuse de quelqu'un, on transplante essentiellement son système immunitaire dans quelqu'un d'autre: l'hôte, moi (par exemple). Plus exactement, on transplante l'usine (la moelle) qui va permettre de (re)-créer ce système immunitaire dans le corps de quelqu'un d'autre.

Évidement, on ne fait pas ça n'importe comment. Enfin, plus, parce ce qu'au début, les gars ils ne connaissaient pas tout ce que je vous raconte là, et du coup il y a eu pas mal de casse malheureusement (et on ne peut que saluer le courage des patients qui participaient à ces études).

Si par exemple on me greffait le système immunitaire de mon voisin de palier, il y a de bonnes chances (environ 3 millions de chances contre une pour être exact) qu'en ouvrant les yeux dans mon corps, les petites cellules blanches aient une grosse crise de panique en voyant que c'est pas du tout, mais alors pas du tout comme chez elles (traduction en terme de biologie, la surface des cellules de l'hôte n'ont pas du tout les mêmes marqueurs que celles du donneur, c'est même pas qu'ils ont pas les même maillots c'est qu'ils jouent carrément pas au foot ces cons!) et que les dites cellules blanches décident de tirer dans le tas et de poser des questions après, avec la conséquence inadéquate que vous imaginez.

 En pratique on essaie donc de greffer le système immunitaire de quelqu'un de compatible. C'est d'ailleurs pour ça qu'il faut énormément de donneurs, non pas que l'on ai besoin de 300 millions de dons; on a besoin d'une grosse population vu la faible chance que deux personnes soient compatibles entre elles.

Mais même dans le cas d'une compatibilité parfaite, les cellules du nouveau système immunitaire ne sont pas dupes: elles se doutent bien que ça ressemble à chez elles, que ça sens l'odeur de chez elles... Mais que ce n'est pas exactement comme chez elles. La notion de compatibilité est en effet d'une part évolutive (il y a 10 ans, une compatibilité parfaite c'était 10 protéines concordantes, maintenant c'est une trentaine, on ne les connait pas encore toutes), et d'autre part qualitative: on sait que  - sauf pour des jumeaux - avoir TOUTES les protéines exactement pareilles c'est quasiment impossible statistiquement... Et on fait donc au mieux.

Dans le cas de la greffe de moelle osseuse donc, c'est TOUT le corps de l'hôte qui potentiellement peut devenir la cible du nouveau système immunitaire, et non pas juste un organe. Et donc quand on parle du rejet de greffe chez un transplanté, cela peut aussi bien vouloir dire que le nouveau système immunitaire décide de s'en prendre aux yeux, qu'à la bouche, aux poumons... Tout quoi!

Ça à l'air un peu dramatique comme cela (et quelque part ça l'est) mais en fait il fini par se passer un truc très étrange. Une cohabitation fini par se faire et le nouveau système immunitaire arrête d'agresser son hôte. Pourquoi? En fait, personne n'en sait vraiment rien. Le problème c'est que cette cohabitation peut-être instantanée comme elle peut prendre dix ans (en général c'est de un à trois ans). Dans le cas d'une greffe d'organe, l’agression ne s'arrête jamais, d'où le fait que les organes greffés aient une durée de vie limitée.

L'autre avantage du rejet de l'hôte par le greffon (GVHD, Graft Versus Host Disease), c'est que quelque part, on cherche cet effet où le nouveau système immunitaire s’énerve contre les cellules de l'hôte... Car potentiellement, cela va détruire les éventuelles anciennes cellules immunitaires cancéreuses, qui sont pour le coup à nouveau bien détectées comme une maladie. C'est l’effet du greffon contre la leucémie.

Le désavantage, c'est que c'est une question de dosage et qu'il ne n'agit pas non plus d'en faire trop et de tuer l'hôte, ce qui serait quand même un tantinet contre indiqué. De plus il faut bien se rendre compte qu'avoir du GVHD actif cela veut dire concrètement que l'on est en permanence malade, avec notre propre corps qui s'auto attaque constamment.

Quand on parle du temps que cela prend pour récupérer d'une transplantation (de moelle osseuse), je pense qu'il faut bien distinguer deux choses: le temps que cela prend de récupérer du dommage hallucinant créé par le traitement, dommage qui est presque incompréhensible puisqu'il est interne et invisible mais qui équivaut bien à se prendre un bus dans la figure, entre six mois et un an je dirais, et le temps qu'il faut pour que le GVHD se calme ensuite, entre 6 mois de plus et plusieurs années suivant les gens. D'ailleurs, on récupère beaucoup plus vite d'une transplantation autologue (ou l'on reçoit ses propres cellules), justement parce qu'il n'y a pas de GVHD.

En mai dernier, je commençais à vraiment me sentir mieux, on était en train de diminuer ma dose d'immunosuppresseurs, et je me disais qu'en gros, après l'été, je serais à nouveau sur pied... Et puis le GVHD est arrivé, avec le cortège de symptômes, d'emmerdements, de fatigue... Mais c'est une autre histoire!

N'hésitez pas à me dire si cela n'est toujours pas clair, je ferais un dessin!

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