Carnets de Seattle: Patchwork d'impressions et d'humeurs d'un Français expatrié puis revenu des Etats-Unis. Depuis mars 2011, ces carnets sont aussi le journal de mon combat contre la leucémie, les séquelles de la greffe de moelle osseuse et le cancer secondaire apparu en Janvier 2024...

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jeudi 20 septembre 2012

Une balade en montgolfière

Je ne sais pas comment j'ai eu l'idée (ou plutôt si, mais c'est trop la honte), mais dans la lignée des balades en hydravion, j'ai décidé que nous allions fêter mon anniversaire en faisant une balade en montgolfière.

Bizarrement, c'est vraiment une activité que je n'avais jamais imaginé faire de ma vie. Comme si c'était réservé à une certaine élite, comme s'il fallait être initié par quelqu'un... Alors qu'en pratique, il suffit de cinq minutes sur internet pour trouver des compagnies proposant des vols. Comme pour beaucoup de choses, il suffit d'avoir l'idée et de passer à l'action! Sitôt décidé, sitôt fait: nous avons porté notre choix sur "Airial Balloon", une petite compagnie située à Snohomish, à environ 45 minutes au nord de Seattle.

Les vols en ballon étant fortement soumis aux aléas météorologiques, il faut appeler une heure avant le rendez-vous pour vérifier que le vol aura bien lieu. Le samedi venu, la météo est clémente, le rendez-vous est confirmé; nous nous rendons donc sur place, trépignants d'excitation comme des fans de Justin Bieber à une séance de dédicaces chez Auchan... Pour être renvoyés presque immédiatement chez nous: le temps de faire la route, le temps a commencé à changer et voler serait trop dangereux. On ne plaisante pas avec Dame Nature, et l'on ne prévoit pas toujours ses humeurs!

Qu'à cela ne tienne, nous reprogrammons donc notre vol pour le jeudi suivant. La deuxième fois est la bonne: il fait exceptionnellement beau, avec juste une légère brise: c'est parti, nous embarquons dans la fourgonnette qui va nous emmener dans le champ qui va nous servir de piste de décollage!

C'est vraiment une expérience difficile à raconter, vous savez. A la fin du vol, nous étions littéralement sans voix, et quelques semaines plus tard, j'ai encore du mal à trouver comment vous raconter cette histoire pour vous faire comprendre à quel point c'est magique.



Quelque part, toute l'expérience s'approche plus d'une balade sur un vieux bateau que d'un vol en avion. La nacelle est en osier et en rotin, les instruments sont rudimentaires, des cordages pendent de partout, il y a 4 bonbonnes de gaz et un bruleur tout simple. La pièce la plus technologique de l'ensemble est surement le ballon en nylon lui-même, mais l'on pourrait imaginer qu'il est en taffetas et se retrouver transporté cent ans en arrière. Dès que l'on décharge la nacelle de la remorque, on a l'impression d'entrer dans un film d'animation comme "Là-haut" ou "Le château dans le ciel" ou dans un roman de Jules Verne.

La première étape est de déplier le ballon dans le champ et de l'attacher à la nacelle. Ensuite il faut le gonfler à l'aide un gros ventilateur. Je ne peux pas m'exposer aux poussières donc c'est Celia s'est collée à maintenir la soupape ouverte. Une fois le ballon suffisamment rempli d'air, il faut réchauffer cet air pour que le ballon se dresse, et pour cela il faut balancer de gros coups de bruleur.



J'étais juste à coté, en train de filmer, quand elle a allumé le bruleur la première fois. J'aime mieux vous dire que j'ai fait un bond (voir à 0:34, la caméra remue violemment, c'est moi qui sursaute)! Le bruit  et la chaleur sont impressionnants, on dirait un souffle de dragon. La flamme doit faire entre 2 et 3 mètres de long et la température est infernale. Et puis stupeur, en quelques dizaines de secondes, le ballon se dresse et soulève la nacelle. On a beau comprendre pourquoi et comment, cela défie notre expérience normale et nous sommes tous fascinés par le spectacle.

Pas le temps de rêvasser: il faut vite monter dans la nacelle, et les plus stressés d'entre nous (moi, quoi), n'ont même pas le temps d'imaginer le pire: notre pilote commence à "bruler" comme une malade mentale. En quelques secondes nous sommes au-dessus de la cime des arbres. C'est complètement surréaliste: nous n'avons quasiment rien senti. C'est encore plus doux qu'un ascenseur, il n'y a aucune sensation de prise d'altitude, aucune sensation de vitesse. Il n'y a absolument aucun vent, puisque nous évoluons dans le vent. Nous ressentons juste une légère brise quand le ballon change d'altitude et que le haut et le bas du ballon sont dans des courants différents.

Nous sommes complètement médusés. Nous sommes au minimum à 300 ou 400 mètres au dessus du sol, et nous n'avons rien senti. Nous n'avons même pas l'impression de bouger, en fait nous avons l'impression d'être immobile et que c'est le monde qui bouge autour de nous. Il n'y a à ma connaissance aucun autre véhicule qui produise cette sensation. Et le plus marquant dans tout cela, c'est le silence. Il n'y a aucun bruit. A un moment nous redescendons dans la vallée pour profiter des courants près du sol, nous passons au dessus d'un pécheur et nous avons une conversation avec lui comme si l'on était côte à côte... La seule chose qui trouble cette paix absolue, c'est le vacarme ponctuel produit par le bruleur.



Pas question d’atterrir n'importe où et de s'inviter dans n'importe quel champ: les pilotes ont décidé à l'avance de l'endroit où nous allons nous poser. C'est aussi quelque chose de très impressionnant: il n'y a pas de volant sur ces engins, cela va où le vent va, et c'est tout! Et pourtant les pilotes se posent exactement où ils ont prévu. C'est bluffant.


D'ailleurs, parlons de l’atterrissage. S'il y a le moindre vent, le ballon a un mouvement horizontal... Or, comme vous l'aurez surement remarqué, il n'y a pas de roues sur les nacelles. Il y a donc moyen de se faire trainer, que la nacelle se renverse et qu'elle se transforme en machine à laver. Mais pas de problème pour notre pilote. Elle fait un virage autour d'un arbre (je me demande encore comment c'est possible) et soudain le vent s'abat. Le ballon s'immobilise, elle le laisse refroidir, et poc, on se pose tout doucement. Surréaliste je vous dis.

La journée est pourtant loin d'être finie. Tout d'abord il faut remettre la main à la pâte, le ballon ne va pas se ranger tout seul! Ensuite, il faut que l'on reçoive le toast des nouveaux aéronautes.  Et la surprise: on se rend compte que "Hot Air Balloon" en français, ça se dit Montgolfière! Et que nos pilotes adorent les français, car leur passion, les montgolfières, sont une invention française. Ils ont même acheté un vieux sabre de cavalerie pour sabrer le champagne, et nous délivrent des "diplômes" tout en français, et sans fautes s'il vous plait! Nous leur corrigeons juste deux accents manquants, ils sont tous fiers d'avoir leur document validé par des vrai français de France. Coïncidence, le premier vol avec des êtres vivants à eu lieu le 19 septembre 1782... Nous fêtons donc en quelque sorte cet anniversaire très spécial pour nos pilotes.

Finalement, c'est l'heure de rentrer. Dans la voiture, nous avons du mal à parler de l'expérience, tellement c'était fabuleux.

(photos à venir sur Facebook demain, quand je serais moins décalqué).

vendredi 3 septembre 2010

Le vol pour San Francisco

En entrant dans l'avion pour San Francisco, le petit geek qui someille en moi se réveille brusquement: un logo “Wifi On Board” est peint sur la carlingue de l'appareil. Je me frotte les yeux, pas complètement sur d'avoir bien lu.

Wifi. On. Board. Non seulement mon inner geek est bien réveillé, mais il est en plein orgasme et un frisson de plaisir lui parcours l'échine pendant qu'il déroule les possibilités: Wifi, Internet, blog. Ecrire un article avec des photos du vol et le poster pendant le vol. A 10.000 mètres d'altitude. En sirotant un jus de tomate à 6$ l'unité et en contemplant l'idée d'acheter un hamburger micro-ondé à 10$.

Le pied d'enfer! Les vacances commencent bien.

vue depuis l'avion qui nous emène à San Francisco

Je n'en peux plus d'attendre que l'avion décolle, que je puisse ouvrir les hostilités. Les hotesses mettent des heures à nous (ré-)expliquer les procédures de sécurité; cela serait beaucoup plus intéressant si elles pouvaient me confirmer que je vais pouvoir jouer en ligne sans latence. On n'en fini pas d'accélérer et d'atteindre notre attitude de croisière. Je suis comme un gamin à Noël: donnez moi mon cadeau ou je fais le raisin sec (cf. Astérix en Corse).

Enfin! "We are now allowed to used electronical devices", dixit l'hotesse. Je dégaine mon portable, le logo d'Ubuntu s'affiche, je me log en me félicitant de bien avoir optimisé la vitesse de boot de l'engin, je me connecte au réseau, lance Chromium et …

10$ pour se connecter pour la durée du vol?

Mais putain c'est quoi cette arnaque? Tout ça pour une connexion qui va être pourrie avec un lag pas possible? Vous vous foutez de moi ou quoi? Me faire ça, à moi, le jour de mon anniversaire en plus? Mais ça devrait être gratuit pour les gens dont c'est l'anniversaire, bordel! Et le champagne, il est où?

vue par le hublot de notre vol vers San Francisco

Finalement, c'est con ce wifi en vol de toute façon. Qui a besoin de ça? On est en vacances là, on va pas non plus se connecter sur facebook où des collègues vont pouvoir nous contacter et nous poser des questions, faut pas déconner. Faut arreter un peu avec cette technologie qui nous envahi partout, bientôt il y aura des iPads dans les cabinets des vols internationaux.

Faut avouer... Ca serait énorme quand même. Non?


mercredi 23 décembre 2009

Bienvenue à Paris: l'atterrissage

Enfin on survole la France. Malgré la fatigue qui commence à se faire sentir, on est plus réveillé que jamais, le nez collé au hublot. On reconnaît la campagne normande depuis le ciel avec ses villes biscornues, ses routes entortillées, les méandres de la Seine. Même la teinte de la lumière des lampadaires vu du ciel est familière.

Pas de doute, on est en France.

C'est surprenant, cet espèce d'émotion qui monte au fond de nous. On est de retour au pays, on le ressent profondément tout les deux. L'avion n'en fini pas d'atterrir, on a envie de descendre et d'en finir, de finalement arriver à Paris et de s'en mettre plein les mirettes.

Oui, mais.

Charles de Gaule, c'est vraiment la honte. J'ai honte en progressant dans les coursives qui nous emmènnent au contrôle des passeports. C'est exigu, c'est moche, c'est vétuste. Ça ne pue pas, mais presque. Ça devrait puer, vu la tronche que cela a.

Soyons justes: le débarquement est étrangement efficace et on récupère nos bagages en un temps record. C'est après que cela se corse: on doit prendre le RER (heureusement le RER B n'est pas en grève, lui...), et c'est pas gagné. On est Français et on peine pour trouver notre chemin, un comble. Je n'ose même pas imaginer la première impression que cela fait sur des étrangers.

On se pose brièvement la question de prendre un taxi, tellement nous sommes épuisés et déprimés par cet aéroport qui n'est même pas digne d'une ville du tiers-monde.

Et puis, on tombe sur ça.


Oui, pas de doute, on est en France.


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