Je vous jure, il y a un moment de latence quand même quand on est tiré du sommeil en plein milieu de la nuit, pour se rendre compte que ce coup-ci c'est du sérieux. On a un espèce de moment de résistance, quand on sent que l'on est potentiellement dans l'un de ces instants où notre réalité peut basculer complètement. Alors comme le sujet de la préparation personnelle m'intéresse (cf cet article que j'avais écrit pour le blog de VolWest), je vais analyser nos réactions et les enseignements que j'en retire avant de vous raconter ce qui s'est passé exactement (pédagogie!).
Ma première réaction a donc été de sortir Celia du lit, en m'assurant qu'elle ai bien compris que c'était sérieux et en lui demandant de s'habiller. J'ai sauté dans mes fringues, j'ai attrapé mon téléphone, et je suis monté sur le toit (nous sommes au dernier étage), avec dans l'idée de déterminer la gravité de l'incident et sa localisation éventuelle. Ne voyant rien, je suis redescendu aussi sec et j'ai demandé à Celia de mettre dans un sac à dos nos passeports et documents d'immigrations ainsi que notre réserve de cash. Pendant ce temps, j'ai attrapé les sacs de transports pour les chats... Avant de me rendre compte qu'elles s'étaient toutes les deux terrées sous le canapé, et que nous n'arriverions jamais à les faire sortir de leur cachette, et encore moins à les faire rentrer dans un sac. J'ai laissé tombé, j'ai attrapé ma sacoche, et nous sommes sorti en nous précipitant dans l'escalier. J'ai laissé Celia partir devant, et je me suis arrêté à chaque étage pour voir si je pouvais voir quelque chose, dans l'idée d'éventuellement pouvoir donner des infos aux pompiers. Arrivé en bas, ceux-ci étaient déjà sur place (il faut dire que l'on habite en face de la caserne, il faut bien que cela serve de temps et temps) et il s'est rapidement avéré que c'était une fausse alerte (je vous explique en détail après).
Je suis plutôt mécontent de notre "performance" sur cette évacuation. De la planification théorique au drill en grandeur réelle, par surprise, réveillé en pleine nuit, avec les sirènes qui vous vrillent les oreilles et le cerveau, il y a un fossé considérable, et quand les "survivalistes" insistent sur la nécessité d'un entrainement préalable et d'avoir des kits tout prêts, on comprend tout de suite pourquoi après une nuit pareille. Si cela avait été un tremblement de terre par exemple, je me serais retrouvé à la rue avec juste une dose de mes médicaments, une situation vraiment pas optimale si les hôpitaux sont saturés: sans prednisone pendant plus de deux jours, je suis super mal. J'ai perdu du temps à monter sur le toit et à chercher un sac pour les chats, pour rien. J'ai un extincteur dans l'appartement, que je n'ai pas réussi à atteindre car j'ai coincé la porte du placard dans la précipitation du moment. Celia est sortie en chemisier, alors bon, on crève de chaud en ce moment, mais si l'on pense tremblement de terre, si tu as juste ton chemisier, tu es mal. Nous avons aussi mis du temps à rassembler les papiers importants, qui sont pourtant centralisés, mais en vrac, dans un coffre à l'épreuve du feu, l'idée étant que s'il y a un incendie en notre absence, on espère que cela leur donne une chance de survie en attendant l'arrivé des pompier. Aucun des trucs que j'avais prévu pour être à porté de main en cas d'urgence (lampe torche, notamment), n'était à sa place.
Pour moi cet incident illustre de façon très claire la nécessité absolue d'avoir un plan, que l'on a répété à l'avance, et d'avoir le matériel correct à sa place.
Volwest a fait une longue série sur le sac d'évacuation et c'est toujours quelque chose que j'ai remis à plus tard. L'idée, c'est un sac tout près, avec tout ce qu'il faut pour survivre pendant 3j en autonomie totale. Kit de premier soin, vêtements, documents administratifs, nourriture, eau, dans mon cas, médicaments... Le but est de ne pas se poser de question: en cas d'incendie ou de tremblement de terre, on attrape le sac, et on dégage sans se poser de question en sachant que l'on a tout ce qu'il faut. Franchement, je vais nous en confectionner deux, parce que là, on était vraiment à la ramasse. Pas forcément besoin de se prendre la tête dans un premier temps: un sac poubelle, quelques barres protéinées, une bouteille d'eau, un kit de soin, une lampe, un couteau, une polaire et des chaussettes et on est déjà bien. Il faut en particulier que je prévoie une semaine de médicaments dans le kit, pour ne pas avoir ce souci, ainsi qu'une clef usb avec tous nos documents administratif (le pire, c'est que l'on a cette clé, elle est juste dans un tiroir). Nous allons aussi rassembler tous nos papiers d'immigration dans une enveloppe, pour ne pas avoir à chercher: on attrape l'enveloppe, on la fourre dans le sac, et c'est parti.
Parmi les considérations inattendues, la sirène d'alarme s'est avérée être un véritable problème: elle est tellement sonore que cela empêche littéralement de penser, cela a un effet débilitant majeur. Nous avons tout les deux pensé à nous munir de bouchons d'oreilles, à mettre à coté des lampes torches d'urgence. Si on est entrainé, pas besoin de communiquer, et on sera plus efficace si l'on arrive à penser.
Pour les chats, je ne sais pas quoi faire. Je vais acheter un autocollant à mettre sur la porte, qui prévient les pompiers qu'il y a des animaux à l'intérieur. Je pense aussi que j'ouvrirais une fenêtre en enlevant la moustiquaire (c'est instantané): si jamais ça crame vraiment, je préfère qu'elles tentent leur chance par la fenêtre que de bruler vives, après tout, on a déjà vu des chats survivre à des chutes de 6 étages.
J'ai normalement des lampes torches dans l'entrée et près de mon lit, mais la routine aidant, elles n'étaient pas à leur place: nous n'en avons pas eu besoin mais cela aurait pu. Dorénavant, elles seront à leur emplacement précis, que l'on ne perde pas de temps à les chercher. De même, je vais sortir l'extincteur et le placer dans l'entrée, cela sera moins esthétique, mais au moins en cas d'urgence on ne risque pas de le manquer. Niveau logistique, j'ai aussi réalisé que mon téléphone était quasiment déchargé. En temps normal, je le recharge quand j'ai besoin, à partir de maintenant je le brancherais tous les soirs pour être sur qu'il soit toujours à bloc.
Dernière chose à réfléchir: et si, en ouvrant la porte de notre appartement, nous nous étions retrouvé face à un brasier? Fred Perrin, que les connaisseurs reconnaitront, m'avait un jour parlé d'avoir chez soi corde et baudrier d'escalade. On peut en cas d'urgence amarrer une corde à une table et descendre en moins de 10 secondes en rappel par une fenêtre. L'investissement est minime, il faut un peu d'entrainement, le seul problème étant qu'évidement on ne peut pas tester en conditions réelles. Franchement, cela peut sembler farfelu, mais il vaut mieux ça, ou mourir connement cramé? A méditer.
Bon et donc qu'est ce qui s'est vraiment passé?
Et bien figurez-vous que c'était une fausse alerte: une chinoise, parlant très mal anglais, ne trouvais pas comment ouvrir la porte d'entrée de l'immeuble pour laisser rentrer une de ses amies (il suffit d'appuyer sur la poignée, et cela s'ouvre tout seul... mais bon vous allez voir, apparemment son cerveau a été livré poste restante). Donc, au bout d'un moment plutôt que de se poser et de réfléchir, elle a eu l'idée lumineuse de tirer sur l'alarme incendie en se disant que cela allait ouvrir la porte... Sans percuter que cela allait aussi faire sonner toutes les sirènes de l'immeuble, appeler automatiquement la caserne des pompiers et une dizaine de personnes gérant l'immeuble, et bien sur réveiller deux cent personnes.
Le truc marrant, c'est que dans l'immeuble d'en face, qui appartient au même manager, ils ont eu récemment des problèmes avec des clochards tirants les alarmes pour s'amuser... L'homme à tout faire de la résidence (que je connais bien à force et qui est pratiquement un ami), rusé, a commencé à en avoir marre, et il a piégé toutes les alarmes en mettant des cartouches d'encre indélébile, qui vous aspergent quand vous tirez l'alarme. Apparemment, il est arrivé sur les lieux et à trouvé la nana, les mains couvertes d'encre, en pleine crise de panique, complètement terrorisée... J'aurais bien aimé voir ça, franchement, autant je comprend que cela ne soit pas facile dans un pays étranger quand on parle mal la langue, autant les alarmes incendie c'est plus ou moins universel. Comme la bêtise.
En tout cas, c'était une excellente, quoique exténuante, piqure de rappel, et même si c'était heureusement une fausse alerte, cela nous a bien remis les idées en place sur la nécessité de se préparer à ce genre d'incident à l'avance. Cela n'arrive pas qu'aux autres, et personnellement je crains particulièrement les incendies, en 2008, j'habitais au premier d'un immeuble de 10 étage, et un soir je suis rentré pour découvrir que le 8ème avait cramé... Un court-circuit dans un sêche-cheveux, et plusieurs familles ont tout perdu (sauf le plus important!). Cela fait réfléchir.
(Edit: il y a un commentaire qui trouve que je suis dur avec la chinoise et qui trouve que je fais preuve d'une intolérance "typiquement française". Je vous invite à lire ma réponse. Oui, je suis mal luné ce matin).







